Deux vaches dans le pré derrière la maison, un veau au printemps, un vieux cheval pour leur tenir compagnie : la dermatose nodulaire contagieuse semble bien loin de ce genre d’élevage. Elle ne l’est pas. Le virus ne fait aucune différence entre deux cents laitières et trois vaches de compagnie, et la réglementation non plus.
Plus aucun foyer en France depuis le 2 janvier 2026, d’après le point de situation du ministère de l’Agriculture du 19 octobre 2026. Mais quatre zones vaccinales restent en place et la campagne de rappel court jusqu’au 31 décembre. Voici ce qu’un détenteur de quelques bovins doit savoir cet automne, des premiers symptômes au coup de fil à passer en cas de doute.
Dermatose nodulaire contagieuse : la situation en France en octobre 2026
Tout a commencé le 29 juin 2025 en Savoie, quelques jours après une première détection en Sardaigne. En six mois, la France a compté 117 foyers : 44 en Haute-Savoie, 32 en Savoie, 22 dans les Pyrénées-Orientales, 7 dans le Jura, puis une poignée de l’Ain à l’Aude. Le dernier remonte au 2 janvier 2026. Depuis, plus aucun foyer, et la dernière zone réglementée a été levée le 27 février.
Affaire classée ? Pas si vite. En juillet, le ministère notait que la maladie avait refait surface en Espagne fin février, puis en Sardaigne à partir d’avril, et jugeait l’éradication en France « pas acquise ».
Le pays vit donc avec quatre zones vaccinales : celle d’Auvergne-Rhône-Alpes et de Bourgogne-Franche-Comté, passée de zone de vaccination II à zone de vaccination I le 19 octobre 2026, la Corse (ZV I) et deux zones dans le Sud-Ouest, l’une en ZV II, l’autre en ZV I. Le reste du territoire est indemne.
Une maladie virale qui ne touche que les bovins
La dermatose nodulaire contagieuse ne s’attaque qu’aux bovins, aux buffles et aux zébus. Ni le contact avec une vache malade, ni son lait, ni la piqûre du même taon ne vous la transmettront : le ministère et l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) sont formels.
Chien, chat, cheval, mouton ou chèvre ne tombent pas malades non plus. Mieux, une piqûre « perdue » sur un cheval est une piqûre de moins pour une vache, effet de dilution que la foire aux questions du ministère cite noir sur blanc. Vos brebis ont d’autres soucis, comme la grande douve américaine repérée en Sologne, et vos chevaux d’autres virus portés par les insectes, dont le virus du Nil occidental.
Pourquoi tant de sévérité ? Parce que le droit européen range la maladie en catégorie A : normalement absente de l’Union, à éradiquer immédiatement. Avec la DNC, bovins et revenus trinquent ensemble : chute de lait, avortements, stérilité, amaigrissement.
Les symptômes de la dermatose nodulaire contagieuse
Tout commence souvent par la fièvre, jusqu’à 41 °C. La vache est abattue, mange moins, donne moins de lait. Les ganglions gonflent, le nez et les yeux peuvent couler. Puis viennent des nodules sur la peau, fermes, bien délimités, de 0,5 à 5 cm de diamètre.

D’après l’OMSA, ces nodules sortent dans les 48 heures qui suivent la fièvre, 7 à 19 jours après l’infection, surtout sur la tête, le cou, la mamelle et le périnée. Ils peuvent durcir en croûtes qui tombent et laissent des plaies. L’incubation retenue est de 28 jours : un bovin peut porter le virus des semaines sans rien montrer.
La mortalité reste faible, de 1 à 5 % selon l’OMSA, jusqu’à 10 % d’un troupeau selon le ministère. Franchement, sur un petit cheptel, le danger est ailleurs : un seul cas confirmé, et tous les bovins du foyer seront abattus.
Un piège, enfin. Une vache tout juste vaccinée peut présenter, plus rarement, de petits nodules de moins de 2 cm, non contagieux. Seule une analyse tranche entre virus vaccinal et infection. Ce diagnostic-là revient au vétérinaire, pas à vous.
Taons et stomoxes : comment le virus voyage
La dermatose nodulaire contagieuse circule surtout grâce aux insectes qui se nourrissent de sang : le stomoxe, cette mouche piqueuse des étables, et le taon, dont la France compte une centaine d’espèces. Le virus ne se multiplie pas dans l’insecte. Il reste sur ses pièces buccales et passe au bovin suivant.
Ces insectes ne vont pas loin. Un stomoxe parcourt de 150 m à 1,6 km, 5 km au grand maximum, un taon jusqu’à 6 km. Les longues distances, ce sont les bétaillères qui les font. En décembre 2025, des foyers sont apparus en Ariège et dans les Hautes-Pyrénées, à plus de 100 km des Pyrénées-Orientales, hors de portée d’un insecte, notait le ministère, qui a renforcé les contrôles routiers. Le transport de bovins en incubation reste le grand accélérateur.
Dans votre pré, réduisez les gîtes à larves : paille humide, fumier, litière souillée. Inutile en revanche d’asperger vos vaches d’insecticide. Les stomoxes résistent aux pyréthrinoïdes, et ces produits tuent aussi les bousiers. La désinsectisation vise les bâtiments et les véhicules, juste avant le chargement, y compris, en zone réglementée DNC, la bétaillère qui transporte vos moutons ou vos chevaux.
Zone réglementée DNC, zone vaccinale : ce qui s’applique chez vous
Quand un foyer de dermatose nodulaire contagieuse est confirmé, le préfet trace par arrêté une zone réglementée DNC en deux cercles. Sur 20 km, la zone de protection restreint au plus fort les mouvements de bovins. Jusqu’à 50 km, la zone de surveillance ajoute visites vétérinaires et désinsectisation.
Une fois la zone levée, on passe en zone vaccinale. La zone de vaccination II regroupe les anciennes zones réglementées restées 45 jours sans foyer, avec plus de 75 % de bovins vaccinés. La zone de vaccination I vaccine par précaution, ou parce que la revaccination d’une ancienne ZV II y a assez progressé.
Sur la carte du ministère (édition du 5 octobre 2026), la ZV I couvre un bloc à cheval sur la Bourgogne-Franche-Comté et l’Auvergne-Rhône-Alpes, une bande du piémont pyrénéen (côtés Atlantique et Méditerranée) et la Corse. La ZV II occupe le centre du piémont pyrénéen. Le zonage se fait par listes de communes : en limite de zone, seul l’arrêté de votre préfecture fait foi.
Un exemple ? L’arrêté du préfet du Tarn du 19 février 2026 a classé en ZV II des dizaines de communes du sud du département, dont la seule partie sud d’Anglès. Vaccination obligatoire, sorties interdites sauf dérogation, véhicules désinsectisés après chaque transport et signalement sans délai de tout signe évocateur, de toute hausse de mortalité ou forte baisse de production.

Vaccination DNC : obligatoire en zone, interdite ailleurs
La règle surprend souvent : pas de vaccination « de confort ». Contre la dermatose nodulaire contagieuse, le vaccin est obligatoire ou interdit, et l’État ne l’impose qu’en présence de foyers ou face à un risque sérieux d’introduction. Ailleurs, impossible de faire vacciner vos deux génisses par précaution. En février 2026, le Parlement du sanitaire (CNOPSAV) n’a d’ailleurs pas retenu l’extension à toute la France continentale.
En zone, la vaccination DNC est obligatoire et entièrement payée par l’État. Le vaccin vivant atténué s’injecte en une dose et protège pleinement au bout de 21 jours. L’immunité dure 15 mois, d’où le rappel lancé en avril 2026. Contre la DNC, bovins nés cette année et animaux venus de zone indemne sont vaccinés à leur arrivée. Au 8 juin 2026, l’Agence nationale du médicament vétérinaire comptait 9 583 bovins concernés par une déclaration d’effet indésirable sur 1 990 000 vaccinés, soit 0,48 %. Surtout une fièvre passagère ou une grosseur au point d’injection.
Et si vous refusez ? Après des rappels, l’administration peut faire vacciner d’office, à vos frais, des mesures jugées adaptées par les tribunaux administratifs saisis, selon le ministère. Les éleveurs bio, eux, gardent leur label.
Le calendrier bouge. Dans la ZV I du Sud-Ouest, la vaccination s’est arrêtée le 30 septembre 2026, sauf dans une partie des Pyrénées-Atlantiques. Suivent huit mois de surveillance, avant un retour au statut indemne le 1er juin 2027 si tout va bien. Dans les ZV II, on vaccine jusqu’au 31 décembre 2026. Après, la vaccination DNC sera interdite sur tout le territoire.
Acheter, vendre ou déplacer un bovin depuis une zone vaccinale
C’est là que la dermatose nodulaire contagieuse pèse le plus sur les petits détenteurs : la génisse repérée dans une ferme savoyarde, le taurillon promis au voisin. Sortir un bovin d’une zone vaccinale vers la zone indemne reste possible, sous conditions. Depuis une ZV I, vers un élevage indemne, il faut :
- un examen clinique favorable du vétérinaire sanitaire avant le départ ;
- une déclaration de mouvement pour les bovins valablement vaccinés (ou les veaux couverts par l’immunité de leur mère), sinon un laissez-passer de la direction départementale chargée de la protection des populations (DDecPP) ;
- des bovins vaccinés depuis plus de 28 jours, ou un test PCR négatif dans les 5 jours avant le départ.
Depuis une ZV II, c’est plus strict : examen clinique, laissez-passer systématique, bovins de l’envoi et de l’élevage vaccinés depuis plus de 28 jours, animaux présents dans l’élevage depuis plus de 28 jours, élevage situé dans une zone bien couverte par le vaccin. Vers un abattoir, transport direct, sans rupture de charge.
Pour l’étranger, une ZV I peut expédier vers tous les États membres de l’Union, sous conditions. Une ZV II a besoin de l’accord du pays de destination, donné à ce jour par l’Italie, la Suisse et l’Espagne. D’où l’intérêt du passage en ZV I de la zone Auvergne-Rhône-Alpes et Bourgogne-Franche-Comté, obtenu grâce à la revaccination. Un bovin bien vacciné circule mieux.
Vos obligations de détenteur, même avec trois vaches
Petit cheptel ne veut pas dire petites règles. Deux vaches ou deux cents, vous êtes « détenteur » de bovins, connu de l’établissement de l’élevage (EdE) qui gère l’identification. L’annexe de l’arrêté du 6 août 2013 sur l’identification des bovins fixe les bases :
- deux boucles posées au plus tard 20 jours après la naissance, et avant toute sortie ;
- entrées, sorties et morts notifiées dans les 7 jours, naissances dans les 7 jours suivant la pose des boucles ;
- un passeport qui accompagne l’animal à chaque mouvement ;
- un registre des bovins conservé au moins trois ans.
La dermatose nodulaire contagieuse ajoute les règles de zone : en zone vaccinale, tous vos bovins se vaccinent, en lien avec le vétérinaire sanitaire de votre élevage. Vous n’en avez pas ? Réglez la question maintenant, pas un dimanche soir devant une vache fiévreuse. Le cadre général est dans notre guide sur la réglementation de l’élevage en France.
Les manquements ? L’arrêté du Tarn renvoie aux peines des articles R. 228-1 à R. 228-10 du code rural. La place des petits élevages dans le sanitaire était au cœur des assises du sanitaire animal. Et si vous gardez des poules, la logique rappelle celle du détenteur de basse-cour face à la grippe aviaire : surveiller, déclarer, prévenir tôt.
Un doute sur une vache : qui appeler et ce qui se passe ensuite
Fièvre, nodules, vache qui ne mange plus : appelez votre vétérinaire, sans attendre. S’il suspecte la dermatose nodulaire contagieuse, il prévient la direction départementale chargée de la protection des populations (DDPP ou DDETSPP), qui organise avec lui les prélèvements. Dès la suspicion de DNC, bovins et veaux de l’élevage ne bougent plus : les mouvements sont suspendus.
Si le laboratoire confirme, tous les bovins du foyer sont abattus, sur place. Dur à entendre, surtout pour des bêtes qu’on appelle par leur nom. Le ministère justifie ce dépeuplement total par le portage silencieux : des bovins infectés sans symptôme, que les tests sanguins ne repèrent pas toujours. Le foyer est une « unité épidémiologique » : un pré isolé et un bâtiment éloigné peuvent compter comme deux foyers distincts.
L’État indemnise : deux experts indépendants évaluent chaque animal, un acompte arrive dans les jours qui suivent, et la période sans production est prise en compte. Une zone réglementée DNC est ensuite tracée autour du foyer. Un appel précoce protège donc aussi les élevages voisins. Le plus dur ? Ne pas attendre « de voir si ça passe ».
Foire aux questions
La dermatose nodulaire contagieuse est-elle dangereuse pour l’humain ?
Non. Elle ne se transmet ni par contact avec un bovin malade, ni par la viande, le lait ou le fromage, ni par la piqûre d’un insecte. Le vaccin non plus n’est pas dangereux pour l’humain, et il ne change rien à la qualité du lait ou de la viande, selon le ministère.
Puis-je faire vacciner mes vaches hors zone vaccinale ?
Non. Hors des zones fixées par l’État, la vaccination DNC est interdite, et elle le sera partout à partir du 31 décembre 2026. Restent la surveillance et la prudence à l’achat.
Mes chevaux et mes moutons peuvent-ils voyager ?
Oui. Ils ne contractent pas la maladie et ne la propagent pas. Le ministère ne voit aucune raison d’interdire leurs déplacements ni les balades à cheval. En zone réglementée DNC, le véhicule de transport se désinsectise avant le départ.
Comment savoir si mon élevage est en zone vaccinale ?
Regardez la carte du « point de situation » du ministère, puis l’arrêté préfectoral de votre département, qui liste les communes concernées. Votre vétérinaire sanitaire peut aussi vous répondre.
Sources
- Ministère de l’Agriculture : dermatose nodulaire contagieuse, point de situation (19 octobre 2026)
- Ministère de l’Agriculture : foire aux questions DNC
- Ministère de l’Agriculture : vaccination, le vrai du faux (10 septembre 2026)
- Ministère de l’Agriculture : campagne de vaccination 2026 (9 avril 2026)
- Ministère de l’Agriculture : ZV I du Sud-Ouest (10 juillet 2026)
- Ministère de l’Agriculture : passage en ZV I (2 octobre 2026)
- Ministère de l’Agriculture : levée de la dernière zone réglementée (27 février 2026)
- Ministère de l’Agriculture : mesures en Occitanie (12 décembre 2025)
- Préfecture du Tarn : arrêté du 19 février 2026
- BO-Agri : identification des bovins, annexe v1.30 (PDF)
- Organisation mondiale de la santé animale : dermatose nodulaire contagieuse
- Office fédéral suisse de la sécurité alimentaire (OSAV) : DNC
