Rechercher
Élevage & Agriculture

Bétaillère : permis, PTAC et aménagement pour moutons et chèvres

Le 15 octobre 2026
par Quentin
Remorque bétaillère à deux essieux, rampe baissée en bord de pâture, avec un éleveur et un petit troupeau de moutons et de chèvres

Une remorque bétaillère de 750 kg de PTAC se tracte avec le simple permis B, à condition que la voiture pèse au moins 1 500 kg à vide si la remorque n’a pas de frein. Au-delà, tout se joue sur la somme des PTAC. Pour un petit troupeau de moutons ou de chèvres, la vraie limite reste la charge utile : une moutonnière de 750 kg qui pèse 265 kg à vide ne transporte que 485 kg de bêtes. Voici les seuils, le calcul et les règles européennes.

Remorque bétaillère mono-essieu en aluminium et acier galvanisé attelée à un SUV compact gris, avec quatre brebis blanches sur de la paille et une chèvre alpine montant la rampe, dans une cour de ferme en pierre par une matinée lumineuse.
Une petite remorque bétaillère mono-essieu en aluminium et acier galvanisé est attelée à un SUV compact gris. Quatre brebis blanches se tiennent sur la paille à l’intérieur, tandis qu’une chèvre alpine gravit la rampe à lattes. Un éleveur vu de dos tient la porte, dans une cour de ferme en pierre baignée d’une douce lumière matinale. Cadrage trois-quarts arrière à hauteur d’homme.

Quel permis pour tracter une remorque bétaillère ?

Deux chiffres décident : le PTAC de la voiture (rubrique F.2 de la carte grise) et celui de la remorque. La rubrique F.3 donne le PTRA, le poids maximal de l’ensemble ; la différence F.3 − F.2 fixe ce que la voiture peut tirer. Avec 1 800 kg de PTAC et 3 000 kg de PTRA, pas plus de 1 200 kg de bétaillère en charge.

Schéma des permis pour une remorque bétaillère : B, B96 et BE selon la somme des PTAC, avec quatre exemples de calcul
Le permis dépend de la somme des PTAC, pas du poids chargé. Sources : Service-Public, Code de la route.
SituationExemplePermis
Remorque de 750 kg maximumSUV de 2 000 kg (1 500 kg à vide) + moutonnière de 750 kgB
Somme jusqu’à 3 500 kgVoiture de 2 000 kg + bétaillère de 1 350 kgB
Somme de 3 501 à 4 250 kgSUV de 2 500 kg + bétaillère de 1 350 kgB96
Somme au-delà de 4 250 kgPick-up de 3 000 kg + bétaillère de 2 700 kgBE

La mention B96 s’obtient après 7 heures de formation dans une école agréée, sans examen (fiche Service-Public du permis B). Le permis BE impose 18 ans, une épreuve sur plateau puis en circulation, et le code si votre dernier permis a plus de cinq ans (fiche du permis BE).

Côté vitesse : 80 km/h hors agglomération sur les routes sans séparateur central, sauf panneau contraire. Et dès que le poids total roulant autorisé de l’ensemble dépasse 3,5 tonnes, ce qui arrive vite en B96, l’article R413-8 du Code de la route plafonne à 90 km/h sur autoroute.

Quel PTAC choisir : combien de moutons et de chèvres par remorque ?

La charge utile, c’est le PTAC moins le poids à vide. Trois gammes :

  • Moutonnière de 750 kg sans frein : la Lider Granada 32530 pèse 265 kg à vide pour 2,45 × 1,21 m de plancher, soit 485 kg utiles. De 1 700 à 3 500 € neuve.
  • Bétaillère à un essieu freiné de 1 350 kg : la Lider 44540 (250 × 125 × 155 cm) pèse 590 kg à vide, donc 760 kg utiles selon la fiche du constructeur. De 3 000 à 5 500 €.
  • Deux essieux, de 2 700 à 3 500 kg : l’Ifor Williams TA510 annonce de 2 010 à 2 550 kg de charge utile. De 6 000 à 15 000 €.

Prix relevés en octobre 2026 par la place de marché Hellopro, hors options.

Le nombre d’animaux, lui, est le plus petit de deux résultats : surface ÷ densité réglementaire, et charge utile ÷ poids moyen. Les densités du transport par route figurent à l’annexe I, chapitre VII, du règlement (CE) n° 1/2005 :

CatégoriePoidsSurface par animal
Moutons tondus, agneaux de 26 kg et plus< 55 kg / > 55 kg0,20-0,30 m² / > 0,30 m²
Moutons non tondus< 55 kg / > 55 kg0,30-0,40 m² / > 0,40 m²
Brebis en gestation avancée< 55 kg / > 55 kg0,40-0,50 m² / > 0,50 m²
Chèvres< 35 kg / 35-55 kg / > 55 kg0,20-0,30 / 0,30-0,40 / 0,40-0,75 m²
Chèvres en gestation avancée< 55 kg / > 55 kg0,40-0,50 m² / > 0,50 m²

Cas concret avec cette remorque bétaillère Granada et ses 2,96 m². Des brebis non tondues de 70 kg (comptons 0,42 m² chacune) : la surface en accepte 7, mais 485 kg de charge n’en autorisent que 6. Avec des agneaux non tondus de 40 kg à 0,30 m², la surface plafonne à 9 quand le poids en permettrait 12. On en charge 9.

Notre conseil : au-delà de cinq brebis adultes par voyage, passez à une remorque bétaillère freinée de 1 350 kg. Paille, cloisons et abreuvoir mangent vite la marge d’une moutonnière. Et pour un élevage de brebis laitières, on compte en dizaines de têtes, donc en deux essieux.

Carte grise, assurance, contrôle technique : ce que change le PTAC

  • Plus de 500 kg : la remorque a sa propre carte grise et sa propre plaque (Service-Public). Rouler sans est une contravention de 4e classe (article R322-1), 135 € en amende forfaitaire. En dessous, elle reprend la plaque de la voiture.
  • Plus de 750 kg : frein obligatoire. Sans frein, la remorque ne dépasse jamais la moitié du poids à vide de la voiture (article R315-1) : une moutonnière de 750 kg exclut donc la plupart des citadines.
  • Plus de 3,5 tonnes : contrôle technique. En dessous, la remorque en est dispensée (Service-Public).

Pour l’assurance, Service-Public indique, à propos des caravanes, que jusqu’à 750 kg le contrat de la voiture peut couvrir l’attelage et qu’au-delà il faut un contrat séparé (fiche assurance). Pour une remorque bétaillère, ne supposez rien : déclarez-la et demandez l’avenant écrit.

Astuce : certains modèles existent en PTAC « déclassé ». La Granada 32530 se vend aussi en 650, 600 ou 500 kg. À 500 kg, plus de carte grise, mais 235 kg de charge utile. Assez pour deux ou trois chèvres naines. Pas pour des brebis.

Neuve ou d’occasion, un ou deux essieux : bien choisir sa remorque bétaillère

Un essieu, c’est plus léger, moins cher et plus facile à reculer dans une cour. Deux essieux, c’est plus stable et ça porte davantage, mais la marche arrière demande de l’entraînement. Pour quelques bêtes deux fois par an, l’essieu unique freiné reste le bon compromis : le frein à inertie libère de la charge sans changer de permis tant que la somme des PTAC reste sous 3 500 kg.

En occasion, vérifiez avant de payer :

  • la carte grise : PTAC et poids à vide conformes, ancien certificat barré « vendu le » et déclaration de cession ;
  • le plancher : un bois qui sonne creux sous le tournevis est à refaire ;
  • freins et roulements : roue levée, aucun jeu, aucun grognement.

Vous avez ensuite un mois pour mettre la carte grise à votre nom (article R322-5 du Code de la route).

Comment aménager une bétaillère pour ovins et caprins ?

Le règlement (CE) n° 1/2005 exige un plancher antidérapant, de l’air au-dessus de la tête des animaux debout, une ventilation adaptée, des parois qui ne blessent pas et aucune possibilité de fuite ou de chute. Concrètement :

  • Plancher : bois marin rainuré ou aluminium sous tapis caoutchouc, plus une litière, obligatoire pour les agneaux de moins de 20 kg.
  • Rampe : 50 % de pente au maximum (26° 34′) pour les ovins, et des lattes transversales au-delà de 10°. Le texte oublie les caprins ; appliquez-leur la même règle.
  • Cloisons amovibles : séparez les espèces, les tailles ou âges très différents, les animaux à cornes et sans cornes, les mâles et femelles pubères, les bêtes agressives. Un lot élevé ensemble peut voyager groupé, sauf mâles et femelles pubères ou bêtes agressives.
  • Toit : une brebis reste au sol, une chèvre saute. Grille, bâche ou plafond plein.
  • Ventilation : volets ouverts par temps chaud, fermés sous la pluie et le froid.

Les chèvres sont franchement les plus pénibles : elles grimpent partout et se blessent au moindre rebord.

Après chaque transport, la bétaillère se lave et se désinfecte : le règlement (UE) 2016/429 (article 125) prévoit nettoyage, désinfection et désinsectisation selon les risques. Contre la fièvre catarrhale ovine, le lavage ne sert à rien : la maladie n’est pas contagieuse, le virus passe par la piqûre de moucherons Culicoides (ANSES). Là, c’est la vaccination qui protège.

Charger, rouler, s’arrêter : le bien-être des moutons et chèvres en route

Avant de charger, triez. Restent à la ferme les femelles à plus de 90 % de leur gestation ou qui ont mis bas dans la semaine, les nouveau-nés à l’ombilic non cicatrisé et les agneaux de moins d’une semaine, sauf trajet de moins de 100 km (annexe I du règlement).

Au chargement, interdit de frapper, de soulever une bête par la tête, les cornes, les pattes ou la toison, d’utiliser un aiguillon ; l’appareil à chocs électriques est réservé aux bovins et porcins adultes. Prévoyez de la lumière avant l’aube. Quelques barrières en couloir, ou le filet d’une clôture électrique pour moutons tendu jusqu’à la rampe, évitent les courses-poursuites. Un mouton suit celui qui monte devant lui : laissez faire.

Sur la route, 8 heures de voyage au maximum. Au-delà, il faut un véhicule agréé (eau à bord, ventilation tenant 5 à 30 °C) et un rythme de 14 heures, 1 heure de pause pour boire, puis 14 heures (9, 1 et 9 pour les agneaux et chevreaux encore au lait). Ensuite, déchargement et 24 heures de repos.

L’été, l’arrêté du 22 juillet 2019 interdit le transport d’animaux lié à une activité économique de 13 heures à 18 heures dans les départements en vigilance orange ou rouge canicule, sauf véhicule climatisé ou équipé de ventilation et brumisation, ou lot de trois animaux au plus. Même hors de ce cadre, roulez tôt et ne garez jamais une moutonnière chargée en plein soleil. Une montée en estive se prépare pareil, avec une clôture anti-loup prête à l’arrivée si le secteur est exposé.

Vidéo en français (Fédération des vétérinaires d’Europe, 14 mai 2018, 5 min 12 s) : bonnes et meilleures pratiques pour le transport des moutons, réalisée dans le projet Animal Transport Guides financé par la Commission européenne. La vidéo ne se charge qu’au clic.

Éleveur ou particulier : quand le certificat de compétence est-il obligatoire ?

Le règlement (CE) n° 1/2005 ne vise que les transports liés à une activité économique : vente, marché, abattoir, concours. Le particulier qui déplace ses chèvres sans contrepartie n’y est pas soumis, rappellent les services de l’État en Loire-Atlantique. Mais au-delà de 50 km, le Code rural (articles R214-50 à R214-53) exige des animaux identifiés et aptes, et un véhicule aménagé : espace, aération, protection contre les intempéries.

Pour l’éleveur, tout dépend de la distance :

  • moins de 50 km, ses animaux, son véhicule : les conditions générales de l’article 3 seulement ;
  • de 50 à 65 km : en plus, documents de transport et règles techniques de l’annexe I ;
  • plus de 65 km : autorisation de transporteur de type 1, délivrée par la DDPP pour cinq ans, et certificat de compétence (l’ex-CAPTAV, sans limite de durée), demandé avec le Cerfa n° 15715*01 après une formation habilitée.

Au-delà de 8 heures, autorisation de type 2 et véhicule agréé. Et quelle que soit la distance, les ovins et caprins voyagent bouclés, avec un document de circulation dès qu’ils changent d’exploitation ; chaque mouvement se notifie sous sept jours (arrêté du 19 décembre 2005). Vous lancez un élevage de chèvres laitières ? Prévoyez ces démarches dès le départ.

Quel entretien avant chaque saison de transport ?

L’urine et l’ammoniac attaquent le bois, l’acier et les câbles : une remorque bétaillère vieillit plus vite qu’un plateau. Avant les agnelages et les foires :

  • Plancher : sonder au tournevis, remplacer toute lame molle ou noircie.
  • Rampe et porte : graisser charnières et verrous, contrôler les ressorts du pont.
  • Roulements : roue levée, aucun jeu ; graisser ou remplacer selon le carnet du constructeur.
  • Freins à inertie : régler la timonerie, vérifier câbles et garnitures.
  • Feux et prise : tester chaque fonction, nettoyer les contacts oxydés.

Pas de contrôle technique sous 3,5 tonnes : personne ne vérifiera votre bétaillère à votre place. Mieux vaut découvrir un roulement fatigué dans la cour qu’au bord d’une départementale, six brebis à bord.

Les pièces d’origine (roulements, mâchoires de frein AL-KO ou Knott, feux, roue jockey, vues éclatées par modèle) se trouvent chez Remorque SAV, qui couvre aussi Lider et BPW.

Foire aux questions

Peut-on tracter une remorque bétaillère de 750 kg avec n’importe quelle voiture ?

Non. Avec le permis B, la voiture ne dépasse pas 3,5 tonnes de PTAC. Et sans frein, le PTAC de la remorque reste sous la moitié du poids à vide de la voiture : 750 kg exigent 1 500 kg à vide. Une moutonnière déclassée à 500 kg passe derrière une voiture de 1 000 kg à vide, avec moins de charge utile.

Faut-il le permis BE pour une bétaillère derrière un tracteur agricole ?

Non. Selon Service-Public, le permis B permet de conduire un tracteur agricole limité à 40 km/h, quel que soit le poids de sa remorque. Le bien-être animal, lui, obéit aux mêmes règles.

Peut-on transporter une brebis sur le point d’agneler ?

Le règlement (CE) n° 1/2005 juge inaptes les femelles à plus de 90 % de leur gestation et celles qui ont mis bas dans la semaine. Le Code rural (article R214-52) interdit aussi à tous, au-delà de 50 km, de transporter une femelle sur le point de mettre bas. En cas de doute, demandez l’avis d’un vétérinaire.

Une remorque bétaillère de moins de 500 kg doit-elle être immatriculée ?

Elle n’a pas de carte grise propre, mais porte une plaque identique à celle de la voiture qui la tracte. Une remorque fabriquée maison de moins de 500 kg doit être homologuée auprès de la Dreal.

Sources

  • Service-Public : permis B, permis BE, immatriculation d’une remorque, assurance d’une caravane, contrôle technique
  • Légifrance : Code de la route (R315-1, R322-1, R322-5, R413-2, R413-8), Code de procédure pénale (R49), Code rural (R214-49 à R214-62)
  • Légifrance : arrêtés du 22 juillet 2019 (épisodes caniculaires) et du 19 décembre 2005 (identification des ovins et caprins)
  • EUR-Lex : règlement (CE) n° 1/2005, version consolidée ; règlement (UE) 2016/429, article 125
  • ANSES : fièvre catarrhale ovine, ce qu’il faut savoir
  • Préfecture de Loire-Atlantique (DDPP) : transport d’animaux vivants
  • BOFiP-Impôts : rubriques F.2 et F.3 de la carte grise

 

Les nouvelles fraîches
Aquariophilie
Le 13 octobre 2026
Herpèsvirus de la carpe koï : symptômes, contagion et obligations du propriétaire
Chien
Le 13 octobre 2026
Chien d’alerte diabète : comment il détecte l’hypoglycémie, et ses limites
Animaux
Le 13 octobre 2026
Animal de compagnie en EHPAD : ce que la loi permet depuis 2025
Publié par :
Partagez l'article sur :
Découvrez aussi :
Aquariophilie
Herpèsvirus de la carpe koï : symptômes, contagion et obligations du propriétaire
Le 13 octobre 2026
par Quentin
Chien
Chien d’alerte diabète : comment il détecte l’hypoglycémie, et ses limites
Le 13 octobre 2026
par Charline
Animaux
Animal de compagnie en EHPAD : ce que la loi permet depuis 2025
Le 13 octobre 2026
par Quentin
Nature & Environnement
Tortue verte : pourquoi elle n’est plus menacée dans le monde, et où l’observer en France
Le 13 octobre 2026
par Charline