Un cheval trop maigre se repère d’abord à la main, bien avant la balance. Lathlet, lui, ne laissait plus aucune place au doute. Fin mai 2026, un signalement conduit la Fondation 30 Millions d’Amis sur un petit terrain de Changis-sur-Marne, en Seine-et-Marne. Ce cheval de compétition à la retraite y vivait sans eau, nourri de granulés au lieu de foin, les flancs creusés et les côtes bien visibles.
À 27 ans, il pesait 365 kg, pour plus de 600 attendus : il lui manquait près de 40 % de son poids. Dents et sabots abîmés, vaccins pas à jour, jamais vermifugé, d’après le récit de la Fondation. Perfusé, recueilli à la Ferme des Aubris, le refuge de la Fondation dans le Cher, il a repris 13 kg la première semaine. Selon la directrice du refuge, le centre équestre qui l’avait l’aurait vendu, trop vieux pour travailler, à des acheteurs sans compétences ni moyens, qui ont nié tout mauvais traitement.
Votre cheval n’en est sans doute pas là. Mais un vieux cheval maigre passe vite inaperçu sous un poil d’hiver. Voici comment repérer un cheval trop maigre, comprendre pourquoi il maigrit et le nourrir. Et, quand l’animal n’est pas le vôtre, comment signaler un cheval maltraité.
Cheval trop maigre : les signes qui doivent alerter

Le premier signe, ce sont les côtes. Sur un cheval en bon état, elles se sentent sous la main sans se voir. Sur un cheval trop maigre, elles dessinent des creux visibles de loin. Viennent ensuite le garrot qui ressort, l’encolure creusée sur le dessus, la queue qui se détache de la croupe avec un creux de chaque côté, les pointes des hanches et des fesses qui saillent. La croupe, de ronde, devient pointue.
Autre indice, selon l’IFCE (Institut français du cheval et de l’équitation) : les états corporels bas vont souvent de pair avec un poil piqué et terne.
Deux pièges reviennent sans cesse. Une robe à reflets trompe l’œil : palpez. Et un gros ventre ne prouve rien. Nourri surtout de foin ou d’herbe, un cheval peut avoir le ventre distendu par le volume de son gros intestin, et les côtes bien visibles au-dessus. Le conseil de l’IFCE tient en trois mots : revenez aux côtes.
La note d’état corporel du cheval, de 0 à 5
En France, la référence est la grille de l’IFCE, revue en février 2026. La note d’état corporel du cheval va de 0, pour un animal cadavérique, à 5, pour un cheval obèse. Elle ne se donne pas à l’œil : on observe et on palpe jusqu’à six zones (côtes, arrière de l’épaule, garrot, bord supérieur de l’encolure, attache de queue, croupe).
Les côtes pèsent le plus lourd. Main à plat sur les quartiers de selle (entre la 10e et la 14e côte), faites rouler la peau : sentez-vous les os, ou un coussin de graisse ? Avec trois zones notées, les côtes comptent pour 60 % de la note, l’arrière de l’épaule pour 25 % et le garrot pour 15 %.

La lecture est ensuite assez claire. Entre 2,5 et 3,5, le cheval est dans la bonne zone (un peu moins pour un cheval d’endurance ou de course, autour de 3 pour un poney). En règle générale, un cheval trop maigre se situe sous 2,5. À 1, les côtes sont très apparentes, la peau collée dessus ; à 0, on voit l’attache des côtes et les vertèbres de la queue. La Fondation parlait de cachexie pour Lathlet : tout en bas de l’échelle.
Quel rythme ? Tous les mois pour un cheval au travail, tous les deux mois à l’entretien. Méfiez-vous des grilles étrangères sur 9, comme celle de Henneke (1985) : un de ses points vaut un demi-point français. Même piège pour le chien en surpoids, noté lui aussi sur 9.
Peser un cheval sans balance
La note d’état corporel du cheval dit s’il reste de la graisse. Le poids, lui, sert à doser la ration et les vermifuges. À l’œil, l’estimation est souvent fausse, prévient la fiche de l’IFCE sur l’estimation du poids. Prenez plutôt un mètre ruban. Pour un cheval de selle, la formule de Martin-Rosset (1990) donne : poids (kg) = 3 × hauteur au garrot + 4,3 × tour de poitrine − 785, en centimètres, à 25 kg près.
Exemple : 165 cm au garrot et 190 cm de tour de poitrine donnent 495 + 817 − 785, soit 527 kg. Mesurez le cheval droit, d’aplomb, sur un sol plat. Pour un cheval de trait, la formule change (7,3 × tour de poitrine − 800). Et pour un cheval trop maigre, l’IFCE fait le bilan de la ration sur le poids qu’il aurait en bon état, pas sur celui de la balance.
Vieux cheval maigre : les quatre causes à vérifier
On entend souvent qu’un cheval maigrit « parce qu’il est vieux ». C’est rarement toute l’histoire. La fiche de l’IFCE sur le vieux cheval est nette : chez un cheval âgé (vers 15 ans), l’amaigrissement est le plus souvent lié à une ou plusieurs maladies et doit déclencher une visite du vétérinaire. La France comptait 126 000 équidés de plus de 20 ans en 2021.
Les dents, première cause
Chez un vieux cheval maigre, les dents sont la première cause d’amaigrissement. L’émail s’use, des arêtes coupantes se forment, des dents se déchaussent et mâcher fait mal. Regardez-le manger. Recrache-t-il des boulettes de foin ? Mange-t-il plus lentement que les autres ? L’IFCE conseille un contrôle par un vétérinaire ou un dentiste équin deux fois par an.
Les parasites
Les petits strongles, vers les plus fréquents au pré, font maigrir. Le bon réflexe n’est pas le vermifuge à l’aveugle, mais la coproscopie (l’analyse des crottins). L’IFCE recommande de vermifuger les chevaux de plus de 3 ans qui excrètent plus de 200 œufs par gramme de crottin, selon un protocole vu avec le vétérinaire.
Une maladie, souvent Cushing
Le syndrome de Cushing, un dérèglement hormonal de l’hypophyse, toucherait environ 20 % des chevaux de plus de 15 ans et 40 % des plus de 30 ans. Signes typiques : poil long, parfois frisé, qui mue mal, fonte musculaire sur le dos, fourbures à répétition. Un dosage sanguin de l’ACTH oriente le diagnostic ; le pergolide, donné à vie, soulage sans guérir. L’arthrose peut aussi faire maigrir : un cheval qui a mal se déplace moins jusqu’au râtelier.
La ration et le groupe
Reste le plus banal : il ne mange pas assez. L’alimentation du cheval âgé est parfois simplement trop pauvre, le foin médiocre, ou le vieux est chassé du râtelier par les plus jeunes. Lathlet cochait presque toutes les cases, des granulés à la place du foin jusqu’aux dents abîmées.
Alimentation du cheval âgé : la ration qui fait reprendre du poids
La base de l’alimentation du cheval âgé reste le fourrage. L’IFCE recommande au moins 2 % du poids vif en kilos de matière sèche par jour, soit une dizaine de kilos pour un cheval de 500 kg, avec un fourrage appétent, sans poussière ni moisissure. Pour un cheval trop maigre, préférez un foin ou un enrubanné récolté tôt, plus digeste.
Le concentré n’est pas obligatoire : il sert quand l’herbe et le foin ne suffisent plus, surtout l’hiver. Les aliments pour chevaux âgés, très appétents, aident ceux qui boudent. Les repères de l’IFCE :
- des protéines riches en lysine et en thréonine (luzerne, tourteau de soja) ;
- peu d’amidon, surtout en cas de Cushing ou de fourbure : luzerne et pulpe de betterave en contiennent bien moins que le maïs, l’avoine ou l’orge ;
- de l’huile, qui apporte deux fois plus d’énergie que les céréales, sans amidon ;
- de petits repas fréquents pour le concentré, le fourrage à volonté.
Un vieux cheval maigre qui mâche mal ne grossira pas avec plus de granulés durs. Faites d’abord vérifier ses dents, puis passez au foin haché, aux barbotages, aux soupes ou aux bouchons ramollis. Au pré, isolez-le au moment des repas s’il se fait chasser. Un mois après le changement, refaites la note d’état corporel du cheval pour juger de l’effet.
Le cadre compte autant que la gamelle. Un cheval âgé régule moins bien sa température : il lui faut un abri de prairie contre le vent et la pluie, un sol sec pour se coucher, une couverture l’hiver s’il perd de l’état, de l’eau à volonté. Moins attentif, parfois moins stable, il a besoin d’un pré sans éléments dangereux : une clôture en bois entretenue vaut mieux qu’un fil distendu.
Quand appeler le vétérinaire
Tout de suite, si le cheval trop maigre est faible ou montre le moindre signe de colique. Chez le cheval âgé, la douleur s’exprime moins, et certaines coliques (un lipome qui étrangle l’intestin, par exemple) sont des urgences chirurgicales. Sans urgence, une perte d’état inexpliquée justifie déjà un rendez-vous.
Le vétérinaire examinera la bouche, fera une prise de sang si besoin puis reverra avec vous l’alimentation du cheval âgé et les vaccins : l’IFCE conseille un rappel contre le tétanos chaque année, contre la grippe et la rhinopneumonie au moins une fois par an. Selon votre région, la question du virus du Nil occidental se pose aussi.
Un cheval cachectique ne se renourrit pas d’un coup. Dans une étude de l’université de Californie à Davis (Witham et Stull, 1998), trois des 22 chevaux émaciés suivis sont morts pendant leur réalimentation, et le phosphore sanguin chutait fortement les cinq premiers jours, quel que soit le régime. Au Canada, les services vétérinaires du Manitoba ont vu mourir 9 chevaux sur 45 après leur placement chez un soigneur, malgré une ration adaptée (Whiting et al., 2005). La leçon : une réalimentation progressive, riche en fourrage, sous surveillance vétérinaire. Surtout pas un seau de granulés pour « rattraper » le retard.
Signaler un cheval maltraité : qui prévenir et ce que dit la loi
Un cheval trop maigre fond à vue d’œil dans un pré, sans eau ni foin ? Notez la date, le lieu, son état, l’eau, le fourrage, l’abri. Puis choisissez la bonne porte :
- le 17, s’il y a urgence ou des faits en cours ;
- le formulaire en ligne du ministère de l’Intérieur, confidentiel et anonyme, transmis à la gendarmerie ou à la police, avec les cases « Équidé », « Maigre » et « Défaut d’alimentation ou d’abreuvement » ;
- le 3677, ligne nationale associative lancée le 24 juin 2024, les services vétérinaires de la préfecture (DDPP) ou une association.
Pour signaler un cheval maltraité, connaître les textes aide. Le Code rural pose que tout animal, être sensible, doit être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce. Le priver de nourriture ou d’eau, le laisser sans soins quand il est malade, le loger trop à l’étroit ou garder un équidé dehors sans abri : c’est une contravention de 4e classe (article R215-4), jusqu’à 750 € d’amende.
Les sévices graves et actes de cruauté sont un délit : 3 ans de prison et 45 000 € d’amende, 4 ans et 60 000 € quand l’auteur est le propriétaire ou le gardien (article 521-1 du Code pénal, en vigueur depuis décembre 2021). L’abandon est puni des mêmes peines, comme nous l’expliquions à propos de l’abandon d’un animal.
Et l’âge n’excuse rien. En 2008, rappelle l’Institut du droit équin, la cour d’appel de Paris a jugé inopérant l’argument de l’âge : saisis, les chevaux du prévenu avaient aussitôt repris du poids. Depuis 2021, tout détenteur d’équidé doit aussi attester qu’il connaît les besoins de l’espèce, et le propriétaire s’en assurer avant de céder l’animal (article L211-10-1 du Code rural). Un cheval âgé vendu à des acheteurs sans moyens : c’est ce que ce texte cherche à éviter.
Foire aux questions
À quoi reconnaît-on un cheval trop maigre ?
Ses côtes se voient de loin, son garrot et ses hanches saillent, sa queue se détache de la croupe. Sur la grille de l’IFCE, notée de 0 à 5, un état sous 2,5 est insuffisant. Tout amaigrissement inexpliqué justifie une visite du vétérinaire.
À partir de quel âge un cheval est-il vieux ?
L’IFCE situe le cap vers 15 ans, selon l’usage passé et le mode de vie. L’espérance de vie moyenne est de 18 ans, mais un cheval sur cinq atteint 26 ans et certains dépassent 40 ans. Passé 15 ans, prévoyez un suivi vétérinaire régulier et deux contrôles dentaires par an.
Que donner à manger à un vieux cheval maigre ?
Du fourrage de qualité à volonté (au moins 2 % de son poids en matière sèche), récolté tôt, sans poussière. Puis, si besoin, un aliment pour chevaux âgés en petits repas, de la luzerne, de la pulpe de betterave ou de l’huile. S’il mâche mal, faites vérifier ses dents et passez aux barbotages ou aux bouchons ramollis.
Comment signaler un cheval maltraité ?
En urgence, appelez le 17. Sinon, remplissez le formulaire anonyme « Signaler une maltraitance animale » du ministère de l’Intérieur, transmis à la gendarmerie ou à la police. Vous pouvez aussi alerter la DDPP, le 3677 ou une association de protection animale.
Sources
- IFCE : Évaluer la note d’état corporel de son cheval
- IFCE : Estimation du poids
- IFCE : Gestion pratique du vieux cheval
- IFCE : Les principales maladies du cheval âgé
- IFCE : Le syndrome de Cushing
- IFCE : Vermifugation des équidés adultes
- IFCE : Responsabilité pénale en droit équin
- Légifrance : Code rural, article L214-1
- Légifrance : Code rural, article L211-10-1
- Légifrance : Code rural, article R215-4
- Légifrance : Code pénal, article 521-1
- Ministère de l’Intérieur : Signaler une maltraitance animale
- Service-public.gouv.fr : Signaler une maltraitance animale
- NIH, PubMed : Witham et Stull (JAVMA, 1998)
- NIH, PMC : Whiting et al. (Revue vétérinaire canadienne, 2005)
