Un killi, aquarium de 20 litres et un couvercle qui ferme vraiment : pour démarrer, la liste tient en une ligne. Les killis sont de petits poissons d’eau douce, souvent sous les 6 cm, qui se contentent d’un bac modeste et d’une lumière tamisée. Certains vivent trois ans. D’autres, comme le Nothobranchius, bouclent leur vie en quelques mois et laissent derrière eux des œufs capables d’attendre la pluie, au sec, pendant des mois.
Le sujet revient avec la parution de la Killi Revue de septembre-octobre 2026, signalée le 21 octobre par la Fédération française d’aquariophilie et réservée aux adhérents du Killi Club de France. Le club publie heureusement en accès libre des fiches d’espèces détaillées : ce dossier s’appuie sur elles et sur des travaux de laboratoire. Jamais tenu de bac ? Lisez d’abord notre guide de l’aquariophilie pour débutants.
Killis : des poissons de mares et de ruisseaux
Le mot vient du néerlandais kill, un fossé : ces poissons ont été découverts dans les fossés des anciennes colonies néerlandaises d’Amérique du Nord, rappelle la société Max-Planck. Sous ce nom, les aquariophiles rangent les Cyprinodontes qui pondent des œufs. Le classement est dépassé chez les scientifiques. Pas chez les éleveurs.

Le Killi Club de France distingue trois modes de vie. Le poisson annuel habite des mares et des fossés qui ne sont en eau qu’à la saison des pluies : les adultes meurent quand tout s’assèche, les œufs survivent dans le sol en diapause, un développement mis en pause. Le non-annuel échappe au rythme des saisons, pond sur les plantes et vit nettement plus longtemps. Entre les deux, le semi-annuel : ses œufs restent dans l’eau, mais incubent longtemps et moisissent facilement.
Deux genres reviennent partout. Nothobranchius (« fausses branchies ») réunit les principaux killis d’Afrique de l’Est, tous annuels. Aphyosemion (« qui porte une bannière ») rassemble des non-annuels d’Afrique de l’Ouest et centrale. L’Amérique du Sud a ses propres annuels, Austrolebias et Cynolebias, qui s’enfouissent dans le fond pour pondre. Fait curieux, la vie annuelle est apparue plusieurs fois, indépendamment, chez les killis.
Trois espèces faciles pour un premier bac
Les Aphyosemion sont les killis les plus répandus chez les éleveurs : couleurs vives, petite taille, caractère pacifique. Pour un premier killi, aquarium planté, eau douce et couvercle suffisent aux trois espèces qui suivent.
Aphyosemion striatum, du Gabon et de Guinée équatoriale, est pour sa killi-fiche l’une des espèces les plus solides, « chaudement » recommandée aux débutants. Le mâle mesure 4,5 à 5 cm, se contente de 15 litres d’eau douce à pH 6,5-7 et vit environ trois ans. Il pond beaucoup. Son seul défaut ? Une croissance très lente : sexes visibles à 8 ou 9 mois, couleurs complètes du mâle vers 15 à 18 mois.
Aphyosemion australe, le « Cap Lopez », est sans doute l’Aphyosemion le plus connu. Mâle orangé de 5,5 à 6 cm, queue en lyre, il a été importé pour la première fois en 1913. Un couple tient dans une dizaine de litres, vers 20 °C, et l’espèce encaisse assez bien une poussée de chaleur estivale. On en trouve même en magasin.
Troisième candidat, Fundulopanchax gardneri, du Nigeria et du Cameroun : un bleu électrique, du rouge, du jaune et une solidité que la fiche de groupe du club souligne. Sa killi-fiche recense 33 éleveurs parmi les adhérents. Petite réserve : le mâle peut se montrer agressif envers les femelles, surtout à l’installation d’un couple ou d’un trio. Surveillez donc les premiers jours.
Et les annuels ? Le club ne recommande pas les Nothobranchius aux débutants : vie très courte, sensibilité à l’Oodinium, nourriture vivante obligatoire. Pour un premier poisson annuel, il oriente plutôt vers les annuels sud-américains, plus robustes, et cite Austrolebias nigripinnis, un poisson d’Argentine, d’Uruguay et du Paraguay.
Premier killi, aquarium de 20 litres : l’installation
Le KCF y insiste d’article en article : le couvercle d’abord. Beaucoup de killis sont d’excellents sauteurs, et le moindre interstice leur suffit. Le club vise au passage les nano-aquariums, bien équipés mais souvent mal couverts. Si vous comparez les kits d’aquarium pour débutant, regardez donc le capot avant l’éclairage.
Pour un couple ou un trio, 20 litres conviennent. Le club compte au minimum un litre d’eau par poisson pour une petite espèce et quatre pour une grande. Le format rappelle celui des aquariums pour poisson combattant : beaucoup de killis, nés dans des mares, sont de piètres nageurs et se plaisent dans de petits volumes.
Règle de base au club : un bac, une espèce. Les femelles de populations voisines se ressemblent au point d’être inséparables une fois mélangées, et certaines espèces s’hybrident. Avant d’en glisser un dans un bac communautaire, consultez notre tableau de compatibilité des poissons d’eau douce.
Le décor reste simple : beaucoup de mousse de Java, des fougères (Microsorium, Bolbitis), des Anubias, des plantes flottantes, un fond sombre de tourbe ou de feuilles de chêne. Les killis supportent très bien la pénombre et y montrent leurs couleurs ; dans les bacs trop éclairés des magasins, elles délavent. Une aération rend service, et un filtre est conseillé pour les gros mangeurs comme F. gardneri.
Eau douce et température : des réglages modestes
D’après le club, les eaux utilisées pour les killis tournent autour d’une dureté (TH) de 2 à 12 degrés et d’un pH de 5,5 à 7. Une eau du robinet calcaire se coupe donc avec une eau plus douce, comme le faisait un éleveur de N. rachovii installé à Orange, dans le Vaucluse. La tourbe acidifie un peu l’eau, mais absorbe aussi les médicaments : à garder en tête avant de traiter un bac.
Côté entretien, comptez un tiers de l’eau tous les quinze jours dans un bac moyennement peuplé. Le piège classique : dans une eau vieillie et très acide, la remontée brutale du pH libère de l’ammoniaque toxique. Le club préfère alors changer toute l’eau, ou déplacer les poissons. Notre article sur la baisse des nitrates en aquarium explique la logique des renouvellements.
La température ? Entre 20 et 25 °C pour la plupart des killis, les espèces de forêt préférant 20 à 24 °C. Les Nothobranchius aiment plus chaud, mais la chaleur accélère leur métabolisme, raccourcit leur vie et rend les mâles plus brutaux. Certains petits Aphyosemion de ruisseaux d’altitude, eux, supportent mal 25 ou 26 °C.
Nourriture : du vivant, du congelé et très peu de sec
Les killis acceptent toutes les nourritures vivantes et la plupart des congelées. Le sec, en revanche, passe mal : les Nothobranchius et les Cynolebias le refusent presque toujours, et les Aphyosemion ne l’acceptent que s’ils y ont été habitués jeunes. Les menus des fiches du club se ressemblent : vers de vase, larves de moustiques, daphnies, vers grindal et enchytrées.
Deux régimes, en pratique. Les annuels mangent souvent et beaucoup, et ils supportent mal le jeûne. Les adultes de nombreuses autres espèces tiennent au contraire plusieurs semaines sans manger. Dans tous les cas, variez : une nourriture unique, même excellente, finit par créer des carences. Pour les alevins, des nauplies d’artémia, des microvers ou des anguillules, à donner souvent dès les premiers jours.
Reproduction : mop, tourbe et incubation des œufs
Chez les non-annuels, tout passe par le mop, une touffe de laine synthétique fixée à un flotteur. On le fabrique avec 30 à 50 tours de laine enroulés autour d’un livre, liés puis coupés ; surtout pas de laine naturelle, qui pourrit. Les œufs, collants et d’environ 1 mm chez A. australe, se ramassent sur les brins et incubent dans une petite boîte remplie de l’eau du bac. Comptez une douzaine à une vingtaine de jours selon l’espèce.
Pour un killi annuel, c’est une autre affaire. Le Nothobranchius pond dans une couche de tourbe bouillie et rincée (jamais de tourbe enrichie en engrais). L’éleveur récolte cette tourbe, la laisse sécher jusqu’à ce qu’elle s’éclaircisse tout en restant humide, puis la range en sachet. Le degré de séchage est le point délicat, écrit l’éleveur de N. rachovii : il raconte des récoltes de 30 œufs ou plus sans une seule naissance.

Combien de temps attendre ? Tout dépend de l’espèce et de la température : 6 à 8 semaines pour certains Nothobranchius selon le club, bien plus pour d’autres ; la killi-fiche de N. rachovii parle de 7 à 10 mois. Chez les annuels sud-américains, l’assèchement va d’un mois à plus d’un an. Une revue scientifique de 2020 l’explique : au-dessus de 28 °C, les embryons sautent la diapause, alors qu’à 24 °C une grande partie s’y installe.
Le protocole publié en 2018 par l’équipe Max-Planck de Cologne fait incuber les œufs de Nothobranchius furzeri à 28 °C : les yeux noirs apparaissent en 7 à 10 jours, puis il faut 2 à 3 semaines sur fibre de coco humide avant l’éclosion. À 17 °C, les embryons se conservent jusqu’à un an. La remise en eau déclenche l’éclosion, et les œufs voyagent par la poste, entre 8 et 30 °C.
Ensuite, tout va très vite : N. furzeri est adulte trois à quatre semaines après l’éclosion, et l’éleveur de N. rachovii récoltait ses premiers œufs à deux mois et demi. Le club a mis en ligne un tutoriel sur l’éclosion des Nothobranchius.
Des espèces menacées dans la nature
Les mares temporaires paient cher l’agriculture. En 2022, une revue de l’état de conservation des Nothobranchius signée Béla Nagy et Brian Watters concluait que 72 % des 94 espèces évaluées relèvent d’une catégorie menacée de la Liste rouge de l’UICN. Sur 478 sites observés, 46 % portaient la marque des activités humaines : cultures, prélèvements d’eau, urbanisation, pollution. Au Mozambique comme en Afrique de l’Ouest, des mares et marécages à killis deviennent des rizières.
Des espèces bien connues des aquariophiles sont concernées. Nothobranchius guentheri, de l’île de Zanzibar, en Tanzanie, est classé « en danger » depuis 2019. Fundulopanchax scheeli, du Nigeria, est « en danger critique » depuis 2020, mais reste bien présent chez les éleveurs : quatre lots figuraient au concours du 52e congrès du KCF, à Sarreguemines, fin septembre 2026. C’est tout l’intérêt des listes de maintenance : des souches pêchées une seule fois il y a des décennies existent encore en aquarium.
À l’inverse, un killi est interdit dans l’Union européenne. Le règlement d’exécution (UE) 2022/1203 a inscrit Fundulus heteroclitus, un fondule nord-américain, sur la liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes, à compter du 2 août 2024. Il ne peut plus être conservé, élevé, vendu ni échangé, œufs compris, selon l’article 7 du règlement (UE) n° 1143/2014. Seuls les particuliers qui le détenaient avant peuvent le garder jusqu’à sa mort naturelle, sans reproduction ni fuite possibles. Et pour toutes les autres espèces, la consigne du club vaut règle : aucun killi ne se relâche dans la nature.
Acheter et échanger : passer par le Killi Club de France
Pourquoi un club plutôt qu’un magasin ? Parce que la quasi-totalité des killis n’existe pas dans le commerce, et que les souches vendues sont parfois douteuses : un adhérent racontait dès 1983 des poissons achetés qui changeaient de motif d’une génération à l’autre. Au KCF, chaque population porte un code de collecte et une histoire, et le club ne soutient aucun commerce lucratif.
L’association, créée en 1973, publie la Killi Revue tous les deux mois, organise chaque année un congrès avec concours et échanges, et compte douze sections régionales. L’adhésion coûte 33 € pour douze mois au 22 octobre 2026 ; elle ouvre la revue, les listes de maintenance (qui élève quoi), les petites annonces (on y vend des œufs de Nothobranchius) et la centrale d’achat. L’inscription gratuite ouvre le forum et les articles standards.
Prochaine occasion : la section Est se réunit le samedi 31 octobre 2026 à Sarreguemines, en Moselle, à partir de 14 h, avec échanges de poissons, d’œufs et de plantes. Le formulaire d’inscription est ouvert aux non-adhérents. Le meilleur moyen, franchement, de repartir avec un couple d’Aphyosemion dont on connaît l’origine.
Foire aux questions
Un killi peut-il vivre dans un aquarium communautaire ?
Certaines espèces calmes, comme Aphyosemion striatum, cohabitent sans problème avec d’autres petits poissons paisibles, selon leur killi-fiche. Pour un killi, aquarium spécifique reste pourtant la règle du club : une espèce, voire une seule population, par bac, pour éviter les croisements et les femelles impossibles à identifier.
Combien de temps vit un killi ?
Un non-annuel comme Aphyosemion australe ou A. striatum vit environ trois ans d’après les fiches du KCF. Un Nothobranchius vit quelques mois : la souche de laboratoire GRZ de N. furzeri a une durée de vie médiane de 12 à 18 semaines, et des poissons sauvages du Mozambique vivaient 25 à 32 semaines (Max-Planck).
Faut-il un chauffage dans un bac à killis ?
Pas toujours. Le club indique que la plupart des killis se maintiennent entre 20 et 25 °C et tolèrent des écarts quotidiens de quelques degrés, ce qu’offre souvent une pièce tempérée. Les Nothobranchius aiment plus chaud ; certains Aphyosemion d’altitude craignent au contraire 25 à 26 °C. Gardez un thermomètre, surtout l’été.
Où trouver des killis en France ?
Quelques espèces, comme Aphyosemion australe, se trouvent en magasin, mais la plupart circulent entre éleveurs, via les petites annonces et les réunions régionales du Killi Club de France. Les œufs d’annuels voyagent par la poste, dans la tourbe humide.
Sources
- Max-Planck-Gesellschaft, « A model for ageing » (6 août 2015)
- Dodzian et al. (2018), protocole d’élevage de Nothobranchius furzeri, PubMed Central (NIH)
- Terzibasi Tozzini et Cellerino (2020), « Nothobranchius annual killifishes », EvoDevo, PubMed Central (NIH)
- UICN, Liste rouge : Nothobranchius guentheri, évaluation 2019
- UICN, Liste rouge : Fundulopanchax scheeli, évaluation 2020
- Règlement (UE) n° 1143/2014 sur les espèces exotiques envahissantes, Office des publications de l’UE
- Règlement d’exécution (UE) 2022/1203 du 12 juillet 2022, Office des publications de l’UE
