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Nature & Environnement

Bombyx disparate : reconnaître cette chenille et protéger ses arbres

Le 23 octobre 2026
par Quentin
Versant de chênaie corse en début d’été, grandes taches d’arbres sans feuilles au milieu des arbres verts, village de pierre en contrebas

Le bombyx disparate a mis à nu 20 000 hectares de chênaies en Corse en 2025, près d’un cinquième des chênaies de l’île, d’après le bilan publié le 21 octobre 2026 par le Département de la santé des forêts (DSF). Le Var a suivi avec un an de décalage : près de 4 800 hectares défoliés cette année dans les Maures.

Des versants entiers ont pris en juin un air d’hiver, des milliers de chenilles ont envahi jardins et routes. Et pourtant, aucune mortalité visible des arbres. Voici comment reconnaître Lymantria dispar, comprendre ses pullulations et protéger vos arbres sans détruire ce qui le régule.

Reconnaître le bombyx disparate : chenille, papillon, pontes

Chenille de bombyx disparate au dernier stade sur une branche de chêne, verrues bleues à l’avant et rouges à l’arrière
Bleu côté tête, rouge vers l’arrière : la livrée qui trahit la chenille à partir du quatrième stade. Illustration générée par IA.

Commencez par la chenille du bombyx disparate. Velue à tous les stades, elle mesure 3 mm à l’éclosion et finit à 5 à 7 cm, parfois 8. Le signe qui ne trompe pas apparaît au quatrième stade : sur le dos, cinq paires de verrues bleues côté tête, puis six paires de rouges vers l’arrière. Bleu devant, rouge derrière. C’est le critère des fiches du DSF reprises par Ephytia, la base de l’Inrae.

Autre indice : à partir du troisième ou du quatrième stade, elle mange la nuit et se cache le jour dans l’écorce ou la litière. Un chêne qui se dégarnit sans personne dessus l’après-midi, avec des débris de feuilles à son pied, doit vous alerter.

Le papillon de Lymantria dispar joue les contrastes. La femelle, blanc crème, 5 à 8 cm d’envergure, vole à peine et reste accrochée au tronc. Le mâle, brun gris, 3,5 à 5 cm, file à sa recherche, guidé par sa phéromone. Ils volent de mi-juillet à mi-août, quelques jours seulement, sans se nourrir.

Reste la ponte, la plus utile à repérer parce qu’elle passe l’hiver sur place : un amas de 1 à 6 cm sur 1 à 3 cm, couvert du duvet de la femelle, qui ressemble à une petite éponge jaune ocre à brune. Il renferme 100 à 800 œufs. D’habitude au bas des troncs, parfois sous la mousse. En pleine pullulation, sur les poteaux, les barrières, les rochers.

Un cycle d’un an et des pullulations en dents de scie

Le bombyx disparate boucle son cycle en un an. L’hiver se passe en œufs. Les chenilles sortent entre fin mars et fin avril, quand les chênes débourrent, et montent vers les jeunes feuilles. D’avril à juin, chacune avale près d’un mètre carré de feuillage. Fin juin, chrysalides ; deux semaines plus tard, papillons, accouplement et ponte dans les heures qui suivent.

Le détail qui explique tout ? La femelle ne vole pas, donc c’est le vent qui fait voyager l’espèce. Les jeunes chenilles, munies de longues soies aérophores, se laissent porter sur plusieurs kilomètres, parfois des dizaines. D’où ces foyers qui surgissent là où personne n’avait vu de ponte.

Calendrier du bombyx disparate et des gestes au jardin : pontes à gratter jusqu’en mars, Btk en avril, bande de jute en fin de printemps, pièges à phéromones en juillet-août
Le cycle annuel du papillon et le bon moment pour chaque geste. Dates tirées des fiches du DSF ; repère de la bande de jute adapté des conseils de la ville de Toronto.

En temps ordinaire, le bombyx disparate reste discret. Puis les effectifs se multiplient par cinq en quelques années, jusqu’à plusieurs dizaines de millions de chenilles à l’hectare. La chute est aussi brutale : une pullulation dépasse rarement deux ans au même endroit. En Corse, elles durent 2 à 3 ans et reviennent tous les 3 à 7 ans. Le Sud-Est en a connu en 1992-1993, de 1998 à 2006, en 2010, 2015, 2018-2019, puis dès 2024.

Pourquoi ces emballements ? Le DSF admet que les facteurs restent « imparfaitement connus ». Les printemps et étés chauds et secs aident la chenille défoliatrice, les gelées tardives la freinent, et son développement se bloque sous 12 °C comme au-dessus de 32 °C. La fin vient surtout d’un virus, la polyédrose nucléaire, épaulé par prédateurs et parasites.

Quels arbres la chenille défoliatrice vise-t-elle ?

Le bombyx disparate vise le chêne d’abord, et de loin : pédonculé, sessile, pubescent, vert, liège. Puis le charme, le hêtre, le châtaignier, les fruitiers. Plus de 300 espèces végétales figurent au menu de cette chenille défoliatrice, résineux compris (pins, épicéa, mélèze, sapins, douglas) quand le feuillage manque. En Corse, elle a fini les genévriers, les bruyères et les cistes. Le frêne et l’acacia, en revanche, ne font pas partie de ses hôtes selon Ephytia, et les frênes à fleurs corses ont été épargnés.

Bonne nouvelle : une défoliation totale tue rarement un chêne, qui refait ses feuilles en général dès juillet. L’arbre paie sur ses réserves, avec moins de croissance et moins de glands. Deux ou trois années de suite, plus une sécheresse ou de l’oïdium sur les repousses, et le dépérissement peut s’enclencher.

Face à la chenille défoliatrice, les résineux encaissent bien moins. En Bourgogne-Franche-Comté, un an après la défoliation de 2020, la mortalité a atteint localement 90 % sur des douglas et des sapins (la sécheresse a pu jouer aussi), selon une note du DSF de juillet 2022, qui relève aussi que les résineux voisins de feuillus sont plus attaqués. Un sapin planté au milieu de chênes mérite votre premier coup d’œil.

Chenille urticante ou pas ? Ce que disent les forestiers de l’État

Non, le bombyx disparate n’est pas une chenille urticante. Le DSF l’écrit dans toutes les fiches que nous avons lues : velue, elle n’a pas de poils urticants, contrairement au bombyx cul-brun et aux processionnaires. Son contact reste « désagréable », et le pôle Sud-Est ajoute, dans son bulletin de juillet 2025, qu’en très grand nombre et au contact répété elle peut provoquer des démangeaisons.

La ville de Toronto, au Canada, où l’espèce introduite par accident au XIXe siècle s’est installée, signale lors des pullulations extrêmes des éruptions cutanées et des irritations respiratoires chez certaines personnes exposées aux poils et aux mues. Son conseil, à reprendre : gants et manches longues.

La vraie chenille urticante du jardin : cul-brun et processionnaires

Le piège, c’est la confusion. Le bombyx cul-brun, de la même sous-famille, aime les parcs, les jardins et les vergers. Sa chenille est brune, bordée de deux lignes blanches, avec de longues touffes de poils jaunes et une verrue rouge sur les 9e et 10e segments. C’est une chenille urticante dès le troisième stade, qui passe l’hiver dans un nid de feuilles soudées par la soie, au bout des branches. Le bombyx disparate, lui, hiverne en pontes collées au tronc.

Les processionnaires du chêne et du pin, elles, figurent depuis le 28 avril 2022 à l’article D1338-1 du Code de la santé publique, parmi les espèces dont la prolifération menace la santé humaine. Pas le bombyx disparate. En mai 2025, la préfecture de Haute-Corse a d’ailleurs rappelé que ses chenilles ne présentent aucun danger direct pour la santé, rapporte Corse Net Infos.

Au jardin : cinq gestes qui servent vraiment

En forêt, le DSF est net : « Aucune lutte chimique ou biologique n’est à envisager au regard des enjeux de santé humaine. » Dans un jardin, l’échelle change. Pour un vieux chêne ou un jeune fruitier, quelques gestes ciblés contre la chenille défoliatrice ont du sens.

1. De la fin de l’été à mars : gratter les pontes

C’est le geste le plus rentable. Inspectez la base des troncs, les poteaux, les pierres, le mobilier de jardin, les gouttières. Tenez un récipient sous chaque ponte, grattez-la entièrement avec un couteau à beurre, puis versez le tout dans un seau d’eau savonneuse pendant un jour ou deux avant de jeter. Ne grattez pas les pontes par terre : des œufs peuvent encore éclore. C’est la méthode que Toronto recommande à ses habitants.

Comptez au passage. Les correspondants du DSF observent un peuplement pendant cinq minutes, avant l’éclosion : au-delà de 80 pontes, le risque de défoliation est élevé. Les pontes ouvertes et vidées ne comptent pas, un prédateur est passé.

2. Toute l’année : laisser travailler les prédateurs

Contre le bombyx disparate, le calosome sycophante, un coléoptère, démantèle les pontes et dévore 840 à 1 120 chenilles dans sa vie. Il peut aussi détruire jusqu’à 70 % des chrysalides au pied des troncs. Plus de dix espèces d’oiseaux s’y mettent, dont les mésanges et la huppe fasciée. Si vous aimez observer les oiseaux du jardin en hiver, vous connaissez une partie de l’équipe, et un nichoir à mésanges bien placé n’a rien d’un gadget.

C’est notamment pour ces alliés que la préfecture de Haute-Corse a écarté en 2025 une lutte massive. Au jardin, même logique : moins vous traitez large, plus les insectes auxiliaires ont de chances de faire le travail.

3. En avril : le Btk, sur les jeunes chenilles seulement

Le Btk (Bacillus thuringiensis subsp. kurstaki) est une bactérie de biocontrôle qui doit être avalée pour agir. Il n’est efficace que sur les deux premiers stades, donc en avril. Le pôle Sud-Est en pointe les limites : les éclosions s’étalent, le traitement épargne les chenilles plus avancées et touche tous les lépidoptères de la zone. Il l’écarte donc en forêt, où la pulvérisation aérienne est de toute façon interdite par principe en France, sauf dérogations.

Sur un arbre précieux et accessible, c’est une option. Prenez un produit portant la mention « emploi autorisé dans les jardins » et lisez sa fiche sur E-Phy, le catalogue de l’Anses. Pour l’un de ces produits, pas de traitement à moins de 5 mètres d’un point d’eau (une mare écologique compte) ni en présence d’abeilles, à retenir si vous voulez installer une ruche dans votre jardin. L’étiquette signale aussi un risque de réactions de sensibilisation.

4. Fin de printemps : la bande de jute

Les grandes chenilles du bombyx disparate se cachent le jour. Enroulez une toile de jute autour du tronc, nouez une ficelle au milieu et rabattez le haut pour former un repli. Chaque après-midi, soulevez-le, cueillez les chenilles avec des gants et noyez-les dans l’eau savonneuse. À Toronto, elles descendent s’abriter vers la mi-juin ; chez nous, le calendrier peut différer : fiez-vous plutôt à leur taille.

5. En juillet-août : le piège à phéromones, pour surveiller

Vendu comme moyen de lutte, ce piège attire les mâles. Pour le DSF comme pour Toronto, c’est d’abord un outil de surveillance : il dit si le papillon vole chez vous. Les papillons du terrain voisin, eux, continueront.

Corse et Var : le bilan des défoliations 2024-2026

En Corse, la pullulation de bombyx disparate a démarré en 2024 avec environ 5 000 hectares défoliés autour de Piedigriggio, du cap Corse, du Taravo et du Prunelli. L’année 2025 a marqué le sommet avec 20 000 hectares, avant le reflux de 2026 : 3 000 hectares, surtout au cap Corse et dans le Taravo, plus un foyer près de Bonifacio. Au total, 22 000 hectares touchés, dont 4 660 deux années de suite. Les foyers se sont installés sur les chênaies d’altitude, loin des zones historiques, après une pullulation sarde lancée en 2023.

Dans le Var, Lymantria dispar a suivi avec un an de décalage : départ discret au nord de Bormes-les-Mimosas en 2024, 2 600 hectares en 2025, près de 4 800 en 2026, dont 4 000 dans l’ouest des Maures. La pullulation a glissé vers l’ouest, possiblement poussée par le mistral, si bien que seuls 320 hectares ont été défoliés deux fois.

Côté élevage, environ 5 000 hectares de parcours corses pour porcs et petits ruminants ont perdu leur feuillage, alors que les troupeaux doivent finir sur les glands pour l’AOP des charcuteries de Corse. Ceux qui élèvent des porcs en plein air sous des chênes comprendront. Sur les arbres, aucune mortalité visible, mais des feuilles réduites, signe de stress, et par précaution il a été conseillé de limiter ou de reporter la levée du liège sur les chênes-lièges défoliés.

Pour 2027, le DSF prévoit une fin de pullulation en Corse, sauf peut-être vers Bonifacio, et un recul dans le Var, qu’un comptage des pontes au printemps devra confirmer. Ses publications sont réunies sur la page santé des forêts du ministère.

Vidéo en français (France 3 Corse ViaStella, journal Corsica sera du 19 juin 2025, 2 min, traduit en langue des signes) : le cycle des chenilles de bombyx disparate semble toucher à sa fin. La vidéo ne se charge qu’au clic.

Foire aux questions

Le bombyx disparate est-il dangereux pour mon chien ou mon chat ?

Pour les services de l’État, ce n’est pas une chenille urticante, et aucun document officiel consulté ne signale de danger pour les animaux de compagnie. Son contact reste désagréable et, en masse, il peut donner des démangeaisons : évitez qu’un chiot joue avec. Au moindre signe inhabituel, appelez votre vétérinaire.

Faut-il abattre un chêne défolié par le bombyx disparate ?

Non, pas pour ce seul motif. Un chêne refait en général ses feuilles dans l’été, et le bilan 2024-2026 ne relève aucune mortalité visible. Surveillez-le les années suivantes, surtout après deux défoliations de suite ou une sécheresse. Un sapin ou un douglas défolié, lui, repart beaucoup plus mal.

Quand chercher les pontes de Lymantria dispar ?

Entre juillet-août, quand les femelles ont pondu, et la fin mars, avant l’éclosion. Regardez la base des troncs, l’écorce crevassée, les poteaux, les murets. Une ponte intacte ressemble à une petite éponge ocre ; une ponte ouverte et vidée a reçu la visite d’un prédateur.

À qui signaler une pullulation de bombyx disparate ?

En forêt, aux correspondants-observateurs du DSF, des forestiers de l’ONF, du CNPF, des DDT ou des chambres d’agriculture que chaque propriétaire peut contacter. Leurs coordonnées figurent sur le site de votre DRAAF, rubrique santé des forêts.

Sources

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