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Élevage & Agriculture

Grippe aviaire et basse-cour : ce que doit faire le détenteur de poules

Le 16 octobre 2026
par Charline
Canards domestiques près d’une mare et de leur abri en bois, un vol d’oies sauvages en V dans le ciel brumeux d’automne

Grippe aviaire, basse-cour et mise à l’abri : la question revient chaque automne, dès que les premiers vols d’oies sauvages passent au-dessus du jardin. Faut-il enfermer ses poules ? Au 16 octobre 2026, la réponse nationale est non. Le niveau de risque est « négligeable » sur toute la métropole, fixé par l’arrêté du 22 mai 2026 et appliqué depuis le 3 juin 2026. Seul un arrêté du préfet peut, localement, en décider autrement.

Ce « non » a une date de péremption que personne ne connaît. L’an dernier, le niveau était passé à modéré le 16 octobre 2025, puis à élevé six jours plus tard, au rythme des migrateurs qui descendent vers le sud de septembre à décembre. Voici donc, pour la grippe aviaire, basse-cour par basse-cour, ce qui s’applique aujourd’hui, ce qui changerait demain et deux idées reçues à revoir : déclarer sa basse-cour en mairie et la vaccination des canards.

Grippe aviaire, basse-cour : le niveau négligeable en vigueur depuis le 3 juin 2026

Grippe aviaire basse-cour : quatre poules dans un parcours couvert d’un filet, mangeoire et abreuvoir sous un petit toit
Parcours couvert d’un filet, aliment et eau sous un toit : la mise à l’abri des volailles telle qu’elle se pratique en niveau « élevé ».

L’arrêté du 22 mai 2026 (Journal officiel du 2 juin) qualifie le niveau de risque d’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) de « négligeable » sur toute la métropole. Il remplace celui du 21 avril 2026 (« modéré » à compter du 27 avril). Au 16 octobre 2026, Légifrance l’affiche toujours en vigueur : aucun arrêté de relèvement n’a été publié depuis. La page du ministère de l’Agriculture sur la situation en France le confirme, risque négligeable depuis le 3 juin 2026.

Le virus, lui, n’a pas disparu. Entre août 2025 et fin juillet 2026, la France a compté 156 foyers d’influenza aviaire : 125 dans des élevages commerciaux et 31 dans des basses-cours ou chez des détenteurs d’oiseaux non commerciaux. Trente et un, pour des poulaillers de particuliers, ce n’est pas rien. Et la nouvelle saison a démarré tôt : au 8 septembre 2026, le ministère recensait déjà trois foyers, tous en Maine-et-Loire.

Négligeable ne veut pas dire « rien », d’ailleurs. Le préfet peut imposer localement des mesures des niveaux supérieurs (article 6 de l’arrêté du 25 septembre 2023), et autour d’un foyer s’ajoutent des zones de protection et de surveillance. Aucune mise à l’abri des volailles n’est exigée au plan national, mais le site de votre préfecture reste la référence.

Négligeable, modéré, élevé : ce que change chaque niveau pour vos poules

Les trois niveaux sont définis par l’article 4 de l’arrêté du 25 septembre 2023, le texte qui encadre la lutte contre l’influenza aviaire. Le ministre fixe le niveau selon l’infection des oiseaux sauvages. Pour une petite basse-cour, la grille se lit vite.

  • Négligeable : les règles de biosécurité permanentes, valables toute l’année.
  • Modéré : dans les zones à risque particulier (ZRP), vos volailles doivent être claustrées ou protégées par des filets, et les rassemblements d’oiseaux sont interdits dans ces zones comme dans les zones à risque de diffusion (ZRD). Ailleurs, rien de plus.
  • Élevé : partout en métropole, claustration ou filets sous 50 volailles, bâtiment fermé à partir de 50, rassemblements interdits sauf dérogations.
Schéma des trois niveaux de risque de grippe aviaire et des mesures pour une basse-cour, avec les changements de niveau d’octobre 2025 à octobre 2026
Ce que chaque niveau impose à une basse-cour, et les derniers changements du niveau national (arrêtés publiés sur Légifrance).

Les ZRP suivent les couloirs de migration et les zones humides ; les ZRD, les secteurs denses en élevages. La liste des communes figure dans une instruction technique de la DGAL (2023-651). Vous habitez près d’un étang, d’un marais ou d’un estuaire ? Vérifiez avant l’hiver, parce que c’est en ZRP que la mise à l’abri tombe en premier.

Autre surprise : en niveau élevé, l’interdiction vise aussi les petites expositions, sauf pour quelques espèces (pigeons, perroquets, passereaux, cailles du Japon) ou avec un dépistage négatif de moins de 72 heures. Pour vos poules d’ornement de concours, la saison peut donc s’arrêter net.

Mise à l’abri des volailles : filet, volière ou poulailler fermé ?

Face à la grippe aviaire, basse-cour et grand élevage partagent la même obligation, pas les mêmes moyens. En niveau « élevé » (ou « modéré » en ZRP), la mise à l’abri des volailles devient obligatoire : sous 50 oiseaux, on les enferme ou on les protège par des filets. Et la préfecture des Hauts-de-Seine le dit sans détour dans sa fiche sur les basses-cours : aucune dérogation n’est possible pour les élevages non commerciaux.

Le filet n’est pas là pour faire joli. Le virus se conserve surtout dans les fientes et les eaux stagnantes souillées, rappelle la préfecture de la Manche. Il faut donc empêcher qu’un colvert ou une mouette se pose dans le parcours, boive au même abreuvoir ou souille la mangeoire. Un filet tendu sur les côtés mais ouvert au-dessus ne règle pas grand-chose. Couvrez le dessus, et rangez aliment et eau sous un toit.

L’hiver dernier, le niveau élevé a duré du 22 octobre au 27 avril, soit plus de six mois. Les petits abris pour trois ou quatre poules ne sont pas tous pensés pour garder les oiseaux enfermés aussi longtemps : comparez les surfaces (voir notre point sur le prix d’un poulailler en bois pour 4 poules). Franchement, un parcours grillagé couvert d’un filet reste souvent la solution la plus vivable.

Au-delà de 50 volailles, c’est le bâtiment fermé. Dans tous les cas, surveillez vos oiseaux chaque jour, et évitez en niveau élevé de les vendre, de les donner ou de les déplacer.

Biosécurité de la basse-cour : les gestes obligatoires toute l’année

Contre l’influenza aviaire, une partie des règles ne dépend d’aucun niveau de risque. L’article 15 de l’arrêté du 29 septembre 2021 impose un socle de biosécurité à tout détenteur de volailles « à finalité non commerciale » (consommation familiale, usage propre, simple plaisir). Une seule poule suffit pour être concerné. Le texte demande :

  • aucun contact entre vos oiseaux et ceux d’un élevage commercial ;
  • des précautions contre les contaminations par les véhicules, les autres animaux et les visiteurs, et un accès limité aux rongeurs ;
  • un aliment et une eau de boisson protégés des oiseaux sauvages ;
  • une litière neuve stockée au sec et à l’abri de toute souillure ;
  • en cas de mortalité anormale, l’appel à un vétérinaire, cadavres isolés et protégés.

La grippe aviaire, basse-cour ou pas, peut aussi passer par l’eau souillée. Le dépliant du ministère pour les petits détenteurs (« Avez-vous bien protégé vos oiseaux ? ») demande donc de ne jamais nettoyer avec de l’eau de surface : mare, ruisseau, cuve d’eau de pluie. C’est là que les oiseaux sauvages se posent. Vous avez creusé une mare écologique dans votre jardin ? Très bien pour la faune, mais qu’elle ne devienne pas le point d’eau des poules.

Même logique pour les mangeoires de ceux qui aiment observer les oiseaux du jardin en hiver : installez-les loin du parcours, sinon vos poules picoreront les graines tombées, et le reste. Après la visite d’une ferme, changez de chaussures et de vêtements avant de retrouver vos poules.

Faut-il encore déclarer sa basse-cour en mairie ?

Beaucoup de guides en ligne retardent, et l’administration ne parle pas d’une seule voix. Pendant dix-sept ans, l’arrêté du 24 février 2006 obligeait toute personne détenant des oiseaux à les déclarer au maire. Ce texte est abrogé depuis le 1er octobre 2023, par l’article 50 de l’arrêté du 25 septembre 2023, qui ne reprend pas d’obligation générale pour les basses-cours.

Deux lectures cohabitent donc. La préfecture des Hauts-de-Seine écrit, dans sa fiche sur la détention d’une basse-cour, que « la déclaration des basses-cours en mairie n’est plus obligatoire ». Le ministère, lui, demande toujours aux particuliers, sur sa page consacrée à la biosécurité, de déclarer leurs volailles. Et la préfecture de Meurthe-et-Moselle renvoie au règlement sanitaire départemental, en précisant qu’en cas de crise la déclaration devient obligatoire.

Ce dernier cas ne se discute pas. Quand un foyer est confirmé, les oiseaux de la zone de protection sont recensés (article 36 de l’arrêté de 2023) avec le Cerfa 15472*03, prévu pour les foyers. Il se renvoie à la mairie du lieu de détention ou se remplit en ligne sur service-public.fr, sans pièce jointe.

Notre avis ? Déclarer sa basse-cour à la mairie reste une bonne idée, même en temps calme et même pour trois poules. C’est gratuit, rapide, et la mairie peut ainsi vous prévenir si un foyer apparaît. Au-delà de 250 volailles, autre régime : déclaration en tant que professionnel auprès de la DDPP. Locataire ? Relisez aussi votre bail, nous avons fait le point sur les poules en logement loué.

Oiseau sauvage mort ou poule malade : qui appeler, et quand

Un cygne, une buse ou une mouette retrouvés morts au bord de l’étang ? Premier réflexe : ne pas y toucher. La préfecture de la Mayenne demande de noter le lieu (géolocalisé si possible), puis d’appeler le service départemental de l’Office français de la biodiversité (OFB) ou la fédération des chasseurs. Si l’oiseau n’est pas destiné à être analysé, l’OFB ne vient pas le ramasser, précise la préfecture de Loire-Atlantique.

Toutes les espèces ne pèsent pas autant dans la surveillance de l’influenza aviaire. En Loire-Atlantique, la préfecture cite canards, oies, cygnes, mouettes, foulques, hérons, limicoles, cigognes, grues, rapaces et corvidés. Un merle sous la haie ? Pas la même urgence.

Pour vos poules, le réflexe change. Mortalité anormale, signes nerveux ou respiratoires, ponte qui s’effondre : conservez les cadavres isolés et protégés, puis appelez votre vétérinaire ou la direction départementale de la protection des populations (DDPP). D’après la foire aux questions du ministère, les prélèvements sont gratuits pour le propriétaire. Foyer confirmé ? Tous les oiseaux sont mis à mort, le poulailler désinfecté puis laissé vide 21 jours, avec des zones de 3 et 10 km autour.

Et pour vous ? Le ministère qualifie la transmission de l’influenza aviaire de l’animal à l’homme d’« événement très rare », mais possible : d’où les précautions demandées à qui manipule des cadavres. Manger œufs et viande de volaille, en revanche, ne présente aucun risque.

Vaccination des canards : ce que dit l’étude de l’Anses, et pourquoi vos canards n’y ont pas droit

Depuis le 1er octobre 2023, la France vaccine ses canards d’élevage contre l’influenza aviaire, une première dans l’Union européenne. L’article 45 de l’arrêté de 2023, version du 1er octobre 2026, rend la vaccination obligatoire dans les établissements de plus de 250 canards mulards, de Pékin ou de Barbarie, en métropole hors Corse ; certains lots de reproducteurs peuvent désormais être vaccinés sur la base du volontariat. Résultat, selon le ministère : 10 foyers en 2023-2024 et 15 en 2024-2025, contre plusieurs centaines avant.

L’étude pilotée par l’Anses et relayée par Réussir le 15 octobre 2026 montre pourtant une réponse immunitaire variable d’un lot à l’autre. Une première dose trop précoce serait associée à moins d’anticorps. Le produit compte aussi : séropositivité plus élevée avec le Respons (aqueux, intramusculaire) qu’avec le Volvac (huileux, sous-cutané). Les élevages adhérant à une organisation de production s’en sortaient mieux, peut-être grâce à un meilleur encadrement. Résultats préliminaires, mais le message est clair : la vaccination des canards protège d’autant mieux qu’elle est bien faite, au bon âge.

Pour quelques canards au jardin, la conclusion est plus courte : vous ne pouvez pas les faire vacciner. L’article 44 interdit la vaccination contre l’influenza aviaire hors des cas prévus, et l’infographie du ministère précise que les canards de basse-cour sont exemptés. Seules exceptions, sur autorisation du préfet : parcs zoologiques, chasse au vol, effarouchement, oiseaux d’une forte valeur génétique, culturelle ou éducative. En clair, contre la grippe aviaire, basse-cour rime avec filet et biosécurité, pas avec vaccin. Pour le versant professionnel, voyez la rentabilité d’un élevage de canards gras.

Foire aux questions

Mes poules peuvent-elles sortir en ce moment ?

Oui, sauf mesure locale. Au 16 octobre 2026, le niveau national est « négligeable » depuis le 3 juin, et aucune mise à l’abri des volailles n’est imposée à l’échelle nationale. Un arrêté préfectoral peut en décider autrement près d’un foyer. Surveillez le site de votre préfecture : l’an dernier, le niveau était monté à « élevé » dès le 22 octobre.

Grippe aviaire : basse-cour de trois poules, suis-je concerné ?

Oui. Les règles de biosécurité de l’arrêté du 29 septembre 2021 s’appliquent dès la première volaille détenue pour la famille ou le plaisir, et la mise à l’abri en niveau élevé vise toutes les basses-cours, sans dérogation. Le seuil de 50 volailles ne change que la forme : filets ou claustration en dessous, bâtiment fermé au-dessus.

Peut-on manger les œufs de ses poules pendant une épizootie ?

Oui : selon le ministère de l’Agriculture, consommer des œufs ou de la viande de volaille ne présente aucun risque pour l’homme. La limite est ailleurs. Si un foyer est confirmé chez vous, les produits sont détruits avec les oiseaux. Et en temps normal, les œufs d’une basse-cour restent réservés au foyer familial : ni vente ni cession.

Comment savoir si ma commune est en zone à risque particulier ?

Les communes classées en ZRP ou en ZRD pour l’influenza aviaire sont listées dans l’instruction technique DGAL/SDSBEA/2023-651, accessible depuis le site du ministère. Les zones réglementées autour des foyers sont fixées par arrêté préfectoral et cartographiées sur la plateforme PIGMA. Sinon, demandez à la DDPP.

Sources

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