Une koï qui reste collée au bord du bassin, nageoires serrées, et qui vient happer l’air en surface : ce tableau a plusieurs causes possibles, mais une seule fait vraiment peur aux amateurs. Le KHV est un herpèsvirus. Carpe koï, carpe commune et leurs hybrides sont les espèces qu’il rend malades, et il peut vider un bassin de jardin en quelques semaines quand l’eau se réchauffe.
Herpèsvirus carpe koï, KHV, CyHV-3 : trois noms pour un même virus, que l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) range parmi ses maladies listées. Dans l’Union européenne, c’est une maladie répertoriée par la loi de santé animale, avec des obligations très concrètes pour le propriétaire. Rien à craindre pour vous, en revanche : selon l’autorité vétérinaire suisse, le virus est sans danger pour l’être humain.
Symptômes, contagion, quarantaine, textes : voici le tri. Et un point à retenir d’emblée : un simple soupçon se signale.
Herpèsvirus carpe koï : un virus qui ne lâche plus son hôte

Le KHV (genre Cyprinivirus) a été signalé pour la première fois en Israël et en Allemagne en 1998, et de l’ADN viral a été retrouvé après coup dans des carpes mortes en masse au Royaume-Uni en 1996. La suite tient en un mot : le commerce. Dès 2008, une fiche de l’Afssa (aujourd’hui Anses) liait sa diffusion rapide au transport international de carpes et aux expositions de koïs, les « koi shows ».
C’est même l’infection la plus largement déclarée parmi les maladies listées des poissons : 24 pays et territoires, sur cinq continents, l’ont signalée (présence ou suspicion) à l’OMSA sur cinq ans, d’après son rapport de situation du premier trimestre 2025.
Qui tombe malade ? Selon le règlement européen, toutes les variétés de Cyprinus carpio, carpe commune et koï, et leurs hybrides. Le même texte classe sept autres poissons comme espèces vectrices, dont le poisson rouge, la carpe herbivore, le gardon et la tanche. L’OMSA juge la sensibilité du poisson rouge incomplètement démontrée. En clair, il peut transporter le virus d’un bassin de jardin à l’autre.
Le vrai piège, c’est la latence. Un poisson qui survit peut garder le virus longtemps sans le moindre signe, selon le manuel de diagnostic de l’OMSA. L’Afssa allait plus loin : l’animal peut l’héberger toute sa vie et le disséminer en porteur sain. Une koï superbe, achetée en pleine forme, ne prouve donc rien.
Symptômes : ce qui doit vous alerter au bord du bassin
Premier signe, souvent : des morts dans le bassin de jardin. Le manuel de l’OMSA décrit une hausse nette de la mortalité, une morbidité qui peut atteindre 100 % et une mortalité de 70 à 100 %. Les symptômes apparaissent 3 à 21 jours après l’arrivée de poissons indemnes dans un bassin qui abrite des porteurs.
Sur le poisson, regardez d’abord la peau et les branchies :
- peau qui pèle par endroits, plaques pâles ou rougeâtres, texture rêche comme du papier de verre ;
- mucus anormal, trop abondant ou au contraire absent ;
- branchies pâles, marbrées, avec des zones nécrosées (ce sont les lésions les plus constantes) ;
- yeux enfoncés, hémorragies sur la peau et à la base des nageoires, nageoires rongées.
Le comportement parle aussi. Les koïs atteintes deviennent léthargiques, s’écartent du groupe, se massent près de l’arrivée d’eau ou contre les parois et viennent respirer en surface. Certaines perdent l’équilibre. D’autres, au contraire, s’agitent.
Méfiez-vous du diagnostic à l’œil : pour l’OMSA, aucune lésion n’est propre au KHV. Carpe koï aux branchies abîmées ne veut pas dire virus, et toute maladie des koïs n’est pas du KHV : l’Afssa citait la bactérie Columnaris parmi les causes d’un tableau semblable, et l’Anses suit un autre virus, celui de la maladie du sommeil de la carpe (CEV), non réglementé. Rien à voir avec les points blancs du cryptocaryon des poissons marins, visibles à l’œil nu : ici, seule une analyse tranche.
Contagion dans un bassin de jardin : l’eau et la température décident
Le virus sort par les fèces, l’urine, les branchies et le mucus, entre surtout par la peau, puis passe d’un poisson à l’autre ou par l’eau, son principal véhicule. L’autorité suisse (OSAV) ajoute les autres poissons, des invertébrés parasites et les oiseaux ou mammifères piscivores. Un héron qui fait la tournée des bassins du quartier n’est donc pas seulement un voleur de poissons.
Mais le risque le plus banal, c’est votre propre achat : cette maladie des koïs est souvent introduite avec des poissons ou des œufs infectés, rappelle l’OSAV. Matériel partagé, boues et sédiments complètent la liste de l’Afssa. Si vous avez aussi une mare écologique au jardin, gardez-la à part, sans épuisette commune.
Ensuite, tout dépend du thermomètre. La maladie se déclare surtout entre 16 et 29 °C. En conditions expérimentales, elle a tué beaucoup de carpes à 28 °C, mais pas à 29 ou 30 °C, ni à 13 °C. La plage dangereuse ressemble donc beaucoup à celle d’un bassin de jardin aux beaux jours. Et le froid ne nettoie rien : à 16 °C, des carpes infectées ont excrété le virus plus longtemps qu’à 23 ou 28 °C.

Hors du poisson, le virus tient mal : entre 4 et 21 heures dans l’eau à 23-25 °C lors d’essais israéliens. Le réservoir, ce sont les poissons. Pour le KHV, carpe koï et carpe commune sont logées à la même enseigne. Transport, frai, surpopulation, eau médiocre : ces stress pèsent sur l’évolution, note l’OMSA. Une eau propre, avec des nitrates sous contrôle, fait partie de la prévention.
Quarantaine des nouveaux poissons : 4 semaines au minimum
Il n’existe aucun traitement, on y revient plus bas. Pour un bassin de jardin, la prévention commence donc chez le vendeur : éviter tout contact avec le virus et soigner l’hygiène, résume l’OMSA.
Achetez des poissons d’origine connue ; l’Afssa conseillait de proscrire les poissons non certifiés indemnes. Méfiez-vous aussi des expositions où tout le monde nage dans la même eau : l’Afssa préférait les présentations « à l’anglaise », un bassin par poisson.
Vient la quarantaine. Le manuel de l’OMSA décrit un dispositif où les nouveaux venus vivent avec des poissons sentinelles, dans une eau où la maladie peut s’exprimer, pendant 4 semaines à 2 mois au minimum avant tout mélange. Si le virus est là, il doit se montrer dans le bac de quarantaine, pas dans le bassin principal. C’est la meilleure parade contre cette maladie des koïs.
Pour le bac, la méthode du bac hôpital de quarantaine décrite pour les poissons marins se transpose bien : cuve séparée, filtration propre, épuisette dédiée. Le passage d’une eau à l’autre se fait en douceur, comme pour l’acclimatation d’un poisson d’eau de mer. Et ajouter des poissons rouges « pour compléter » n’a rien d’anodin, vu leur statut d’espèce vectrice ; le tableau de compatibilité des poissons d’eau douce aide à choisir.
Côté hygiène, le virus est inactivé par les UV, par plus de 50 °C pendant une minute et par plusieurs désinfectants aux doses indiquées par l’OMSA (iodophore, hypochlorite de sodium, entre autres). Un seau, une épuisette et des gants par bassin : c’est bête, et ça marche. Les poissons morts s’éliminent proprement, jamais dans un cours d’eau.
Droit européen : une maladie de catégorie E
Le KHV figure à l’annexe II du règlement (UE) 2016/429, la « loi de santé animale », appliquée depuis le 21 avril 2021. Son classement se lit dans la version consolidée du règlement d’exécution 2018/1882 : l’herpèsvirose de la carpe koï y est en catégorie E, et seulement en E. La dernière modification de ce tableau, le règlement 2026/169 de janvier 2026, ne visait que la fièvre catarrhale ovine.
Que veut dire E ? Une maladie pour laquelle « une surveillance est nécessaire au sein de l’Union » : notification et surveillance s’appliquent. Les outils plus lourds (programmes d’éradication, statut indemne, règles de mouvements entre États membres) relèvent des catégories A à D, que le KHV n’a pas. Le laboratoire national de référence de l’Anses parle d’un virus « déclassé » : sous l’ancienne directive 2006/88/CE, abrogée en 2021, c’était une maladie non exotique qui appelait des mesures sanitaires.
Pour vous, tout se joue à l’article 18. Il prévoit que les opérateurs « et autres personnes physiques ou morales concernées » informent l’autorité compétente dès que possible en cas de soupçon ou de détection. Les mortalités anormales sans cause déterminée se signalent, elles, à un vétérinaire.
Et les koïs d’un bassin de jardin ? Détenus à des fins privées et non commerciales, les animaux aquatiques ornementaux sont des animaux de compagnie au sens du règlement. Vous n’êtes donc pas un « opérateur » (le pisciculteur qui vend des koïs, si), mais l’article 10 vous rend responsable de la santé de vos poissons et de la réduction du risque de propagation. Petit piège : la page du ministère sur les maladies des animaux aquatiques, datée du 13 octobre 2026, cite encore la directive de 2006. Fiez-vous aux textes consolidés.
Déclarer un soupçon de KHV en France : qui prévient qui ?
Le Code rural fait le lien. L’article L221-1 range parmi les « maladies animales réglementées » toutes les maladies répertoriées par le règlement 2016/429. L’article L201-7, en vigueur depuis le 22 octobre 2021, en tire la conséquence : tout propriétaire ou détenteur d’animaux qui détecte ou suspecte l’une d’elles sur le territoire national en informe l’autorité administrative. Vétérinaires et laboratoires, eux, communiquent immédiatement tout résultat d’analyse suspect.
Un soupçon de KHV ? Carpe koï ou carpe commune, le chemin le plus sûr passe par un vétérinaire qui connaît les poissons. Il prélève branchies, rein et rate (les organes recommandés par l’OMSA) ou fait parvenir au laboratoire des poissons morts très récemment, réfrigérés plutôt que congelés. L’autorité administrative, ce sont les services vétérinaires de l’État du département (DDPP ou DDETSPP, comme la DDETSPP de la Lozère) : votre vétérinaire sait les joindre.
Les confirmations remontent au laboratoire national de référence des maladies réglementées des poissons, le laboratoire de Ploufragan-Plouzané-Niort de l’Anses, site de Plouzané (Finistère). Son rapport d’activité 2025 classe l’herpèsvirose de la carpe parmi les maladies « occasionnellement mises en évidence sur le territoire métropolitain » et mentionne un échantillon de KHV confirmé dans l’année.
Et après ? Les textes lus pour cet article ne fixent pas de protocole propre au bassin de jardin d’un particulier : la suite se décide avec ces services. En attendant, ne relâchez jamais un poisson suspect dans un étang ou une rivière, la carpe commune sauvage est sensible au même virus.
Traitement et vaccin : où en est la recherche ?
La mauvaise nouvelle d’abord : aucun médicament ne guérit le KHV. Carpe koï ou carpe commune, même verdict : le manuel de l’OMSA indique qu’aucune chimiothérapie n’est disponible, et l’Afssa le disait déjà en 2008. C’est une maladie des koïs que l’on prévient, faute de pouvoir la soigner. Les survivants peuvent rester porteurs, et l’Afssa recommandait, après un résultat positif, d’éliminer ou au moins d’isoler les poissons qui avaient été en contact avec le malade.
Le vaccin ? L’OMSA (édition 2022 de son manuel) note qu’aucun vaccin commercial sûr et efficace n’est largement disponible. Un vaccin vivant atténué a été autorisé en usage d’urgence en Israël, où les élevages de carpes l’ont beaucoup utilisé. L’Afssa ne le recommandait pas en 2008, les poissons pouvant rester porteurs sains. Contre cet herpèsvirus, carpe koï et carpe commune confondues, la recherche avance aussi en Europe : à l’université de Liège, l’équipe du professeur Alain Vanderplasschen a mis au point un vaccin atténué par génie génétique, présenté en vidéo par l’université en décembre 2016.
Bref, pour un bassin de jardin, la seule stratégie réaliste se joue en amont : poissons d’origine connue, quarantaine longue, matériel séparé.
Foire aux questions
Le KHV est-il dangereux pour l’homme ?
Non : selon l’OSAV, l’autorité vétérinaire suisse, il est sans danger pour l’être humain. Cet herpèsvirus (carpe koï, carpe commune) ne rend malades que l’espèce Cyprinus carpio et ses hybrides. Les précautions d’hygiène protègent vos autres bassins, pas votre santé.
Mes poissons rouges risquent-ils quelque chose ?
Le règlement européen classe le poisson rouge parmi les espèces vectrices : il peut transporter le virus. L’OMSA juge sa sensibilité incomplètement démontrée. Les hybrides de carpe et de poisson rouge, eux, comptent parmi les espèces sensibles. Dans un bassin de jardin mixte, traitez-les comme des koïs : même quarantaine, même vigilance.
Faut-il déclarer un simple soupçon ?
Oui. L’article L201-7 du Code rural vise le propriétaire ou détenteur qui « détecte ou suspecte » une maladie animale réglementée, et le KHV en fait partie. Le règlement européen parle d’informer l’autorité « dès que possible ». Le plus simple : appeler votre vétérinaire.
Combien de temps dure la quarantaine d’un nouveau koï ?
Le manuel de l’OMSA recommande au minimum 4 semaines à 2 mois, avec des poissons sentinelles, dans une eau où la maladie peut s’exprimer, donc au-dessus de 16 °C. Plus froide, elle laisserait passer un porteur sans le moindre signe, et la maladie des koïs pourrait éclater dans le bassin de jardin au premier coup de chaud.
Sources
- Règlement (UE) 2016/429 relatif aux maladies animales transmissibles, version consolidée (EUR-Lex)
- Règlement d’exécution (UE) 2018/1882, version consolidée au 1er février 2024 (EUR-Lex)
- Règlement d’exécution (UE) 2026/169 du 26 janvier 2026 (EUR-Lex)
- Code rural et de la pêche maritime, articles L201-7 et L221-1 (Légifrance)
- Ministère de l’Agriculture, Maladies des animaux aquatiques
- OMSA, Herpèsvirose de la carpe koï, et Manuel aquatique, chapitre 2.3.6 (2022)
- OMSA, santé des animaux aquatiques, poissons, 1er trimestre 2025
- Anses, rapports du laboratoire national de référence des maladies réglementées des poissons, 2025 et 2023
- Afssa (Anses), La KHV ou herpesvirose type-3 de la carpe, janvier 2008
- OSAV (Suisse), Herpèsvirose de la carpe koï
