Une crise d’épilepsie, chien raide sur le flanc et pattes qui pédalent dans le vide, dure souvent moins de deux minutes. Pour Anjali Barretto, à Spokane (État de Washington), ces minutes-là sont arrivées sans prévenir. Sa chienne Sofie, une croisée de 2 ans et demi recueillie vers l’âge d’un mois dans les rues de Loreto, au Mexique, était déjà aveugle, victime d’un traumatisme crânien probablement infligé par un humain. Une première année sans alerte, puis une crise sur le canapé. Et une autre le lendemain matin, dans la cuisine.
Sa vétérinaire prescrit un traitement et l’adresse aux neurologues de Washington State University. Reste une peur : une IRM impossible à payer, le traumatisme comptant comme une affection préexistante que l’assurance ne couvrirait pas. Verdict des spécialistes : l’IRM n’aurait probablement rien changé au traitement, mieux valait contrôler les crises, raconte le journal de l’université le 15 octobre 2026. Les crises de Sofie ne disparaîtront pas. Elles sont maîtrisées.
Que faire pendant la crise ? Quand foncer chez le vétérinaire ? Faut-il vraiment une IRM chez le chien, et qui la paie ? Tapez « crise d’épilepsie chien » dans un moteur de recherche à deux heures du matin, vous trouverez tout et son contraire. Voici les repères du consensus vétérinaire international (IVETF, 2015), dans l’ordre où vous en aurez besoin.
Reconnaître une crise, et ne pas la confondre avec un rêve

La crise généralisée, la plus spectaculaire, se reconnaît vite. Le chien tombe sur le côté, se raidit, puis ses pattes s’agitent par saccades, comme s’il courait couché. Il perd conscience, bave, urine parfois. Selon le réseau de cliniques VCA, elle dure en général une à deux minutes. Une éternité, vue du canapé.
Juste avant, certains chiens se cachent ou viennent se coller à vous. Après, vient la phase post-critique, que le rapport de consensus de l’IVETF décrit sans fard : chien désorienté, qui tourne en rond sans éviter les obstacles, titube, réclame à boire ou à manger, puis dort longtemps. Une cécité passagère ou de l’agressivité sont possibles. Elle dure de quelques minutes à plusieurs heures, parfois des jours.
Les crises focales, elles, passent souvent pour un tic : contractions de la face, clignements rythmés, une patte qui tressaute, ou une peur soudaine et inexpliquée.
Et s’il rêvait ? Appelez-le. Un chien qui rêve se réveille et vous reconnaît. Piège classique, les crises surviennent volontiers à l’endormissement ou au réveil (voir notre article sur le chien qui gémit en dormant).
Pendant la crise d’épilepsie : chien à protéger, gestes à oublier
Premier réflexe : regardez l’heure, ou lancez le chronomètre du téléphone. La durée décidera de la suite, et sous le stress, une minute en paraît cinq.
Ensuite, faites de la place. Écartez la table basse et tout ce qui peut tomber sur lui. S’il convulse sur le canapé ou en haut d’un escalier, déplacez-le avec précaution vers le sol, où il ne risque plus grand-chose. Prudence quand même, il peut mordre par réflexe, sans vous reconnaître. Et n’essayez pas de le maintenir, conseille la Croix-Rouge américaine.
Surtout, rien dans la gueule. Ni vos doigts, ni une cuillère. Le chien n’avale pas sa langue pendant une crise, contrairement à une idée tenace, et vous risquez une morsure grave sans l’aider en rien, insiste VCA.
Si vous le pouvez, filmez. Le consensus IVETF sur le diagnostic de l’épilepsie réclame des vidéos « chaque fois que possible ». Le vétérinaire voit rarement la crise, il verra la vôtre. Ensuite, laissez-le récupérer au calme, sans le forcer à se lever.
Plus de 5 minutes, crises en série : quand c’est une urgence
Une crise isolée est rarement dangereuse en elle-même. Deux situations changent tout.
Plus de 5 minutes de convulsions continues, ou deux crises sans retour à la conscience entre elles : c’est l’état de mal épileptique. Sans anticonvulsivant injecté vite, le chien peut mourir ou garder des lésions cérébrales irréversibles, prévient VCA. Direction la clinique, en appelant pendant le trajet.
Deuxième alerte : les crises en série, soit au moins deux crises en 24 heures, même si le chien récupère entre les deux. Ces convulsions chez le chien, longues ou répétées, font aussi grimper la température du corps, avec les dangers d’un coup de chaleur.
Une toute première crise mérite toujours une consultation rapide, surtout chez un chiot de moins de six mois ou un chien de plus de six ans. Même chose au moindre soupçon d’intoxication : les granulés anti-limaces au métaldéhyde provoquent en moins de deux heures des crises « pratiquement ininterrompues », prévient le centre antipoison animal de l’Ouest (CAPAE-Ouest, école vétérinaire Oniris). Comme pour un chien qui a mangé un champignon, on appelle d’abord.
Deux numéros à enregistrer : CAPAE-Ouest, 02 40 68 77 40 ; CNITV (VetAgro Sup, près de Lyon), 04 78 87 10 40. Tous deux de 8 h 30 à minuit.

D’où viennent les convulsions chez le chien ?
Une crise ne fait pas une épilepsie. Les neurologues n’en parlent qu’à partir de deux crises non provoquées, espacées de plus de 24 heures. Avant, il faut chercher la cause, et les convulsions chez le chien se rangent dans trois familles.
Les crises réactives d’abord : un cerveau sain qui réagit à une agression passagère. Hypoglycémie, trouble des sels minéraux, foie qui filtre mal le sang, ou intoxication (insecticides organophosphorés, plomb, antigel, anti-limaces). La cause corrigée, les crises cessent.
L’épilepsie structurelle ensuite, due à une lésion du cerveau : traumatisme, comme pour Sofie, inflammation, malformation, tumeur. Chez les chiens dont les crises commencent après 6 ans, avec un examen neurologique normal, une étude retrouvait une anomalie significative à l’IRM dans 27 % des cas. Contre 2 % avant 6 ans.
Reste l’épilepsie idiopathique, la plus fréquente : pas de lésion visible, une origine génétique soupçonnée, des premières crises en général entre 6 mois et 6 ans. L’IVETF cite des prévalences de 3,1 % chez le labrador et 9,4 % chez le berger belge, contre 0,6 à 0,75 % de l’ensemble des chiens. Le berger australien fait souvent des formes sévères : une cohorte allemande de 2012 notait une mauvaise réponse au traitement chez 56 % des chiens traités. Avant d’acheter un chiot berger australien LOF, interrogez l’éleveur sur les crises dans la lignée.
Au Royaume-Uni, le programme VetCompass du Royal Veterinary College estime qu’environ un chien sur 160 fait une première crise chaque année. Une épilepsie idiopathique n’était retrouvée que chez 17 % d’entre eux.
Prise de sang, IRM chez le chien : quels examens, pour quel budget ?
Après une crise d’épilepsie, chien adulte ou chiot, le vétérinaire commence par l’histoire (âge, race, toxiques à portée de patte, choc à la tête) et un examen neurologique. Puis une prise de sang complète (glycémie, sels minéraux, reins, foie) et une analyse d’urine. Tout est normal, le chien a entre 6 mois et 6 ans, il a fait au moins deux crises espacées d’au moins 24 heures ? L’IVETF parle déjà d’épilepsie idiopathique, au premier niveau de confiance.
L’IRM chez le chien entre en jeu dans des cas précis : premières crises avant 6 mois ou après 6 ans, anomalie neurologique entre les crises, état de mal ou crises en série d’emblée, échec d’un premier médicament à la dose maximale tolérée. Elle se fait sous anesthésie générale, avec une analyse du liquide cérébrospinal. C’est elle qui révèle une tumeur ou une inflammation.
Combien ? Selon l’assureur Santévet, une IRM chez le chien coûte généralement entre 400 et 1 000 euros en France, dont 200 à 500 euros pour l’examen lui-même et 100 à 150 euros d’anesthésie. Une fourchette d’assureur, pas un tarif officiel. Demandez un devis écrit.
Budget trop serré ? Pour un chien épileptique dont la cause est connue, comme Sofie, l’IRM n’est pas toujours indispensable. L’argent pèse quand même. Au Royaume-Uni, la même étude VetCompass constatait que les chiens assurés recevaient plus souvent des examens poussés.
Assurance santé : à signer avant la première crise
Le piège de Sofie existe aussi en France. Les fiches de l’Institut national de la consommation, rédigées avec la Banque de France, sont claires : pour être assuré, l’animal ne doit pas souffrir d’une maladie aiguë ou chronique. Un chien épileptique part donc avec un sérieux handicap.
Même souscrit à temps, un contrat a ses limites. Le délai de carence laisse les premières semaines sans couverture, la franchise reste à votre charge, et le plafond annuel borne le remboursement. L’INC prend l’exemple d’un plafond de 3 000 euros, vite entamé par une IRM suivie d’une année de comprimés. En clair, l’assurance se prend quand le chien va bien. Et le questionnaire se remplit honnêtement, car une fausse déclaration de mauvaise foi peut faire annuler le contrat.
Le traitement de l’épilepsie : souvent à vie, jamais arrêté d’un coup
Le traitement de l’épilepsie n’est en général pas lancé après une crise unique. Le consensus IVETF sur le traitement le recommande après au moins deux crises en six mois, un état de mal, des crises en série, une phase post-critique sévère, ou si les crises s’aggravent.
En France, trois molécules ont une autorisation vétérinaire pour le chien, toutes sur ordonnance, selon l’index des médicaments vétérinaires de l’Anses : le phénobarbital, le plus ancien ; l’imépitoïne (Pexion), autorisée dans toute l’Union européenne depuis février 2013 ; le bromure de potassium, plutôt en renfort. Dans un essai comparatif, 85 % des chiens sous phénobarbital n’avaient plus de crise au bout de six mois, contre 52 % sous bromure. Le lévétiracétam, médicament humain, sert de recours.
Pour un chien épileptique, l’objectif réaliste reste modeste : moins de crises, plus courtes. On le dit « répondeur » quand ses crises diminuent d’au moins moitié.
Le suivi compte autant que le comprimé. Phénobarbital : dosage sanguin 14 jours après le début ou chaque changement de dose, bilan à 3 mois puis tous les 6 mois, car au-delà de 35 mg/l le foie trinque. Somnolence, soif et appétit en hausse sont fréquents au début, surveillez donc la balance pour éviter un chien en surpoids. Le bromure, lui, met environ trois mois à agir pleinement, et le sel de la ration modifie son taux : pas de changement d’aliment brusque.
Règle d’or : jamais d’arrêt brutal, qui expose à des crises de sevrage, voire à un état de mal. Une baisse se fait par paliers de 20 % au plus par mois. Les huiles riches en triglycérides à chaîne moyenne ? Un essai de 2022 n’a vu les crises baisser d’au moins moitié que chez 5 chiens sur 28 : un complément, pas un remplaçant.
Vivre avec un chien épileptique au quotidien
Un chien épileptique bien suivi peut mener une vie active, Sofie en est la preuve. Après une première crise d’épilepsie, chien et maître apprennent surtout à s’organiser.
Tenez un carnet des crises : date, heure, durée, déroulé, longueur de la phase post-critique, et ce qui a précédé (repas sauté, orage, comprimé oublié). Le traitement de l’épilepsie s’ajuste sur ce carnet, par le vétérinaire et par lui seul.
Donnez les médicaments à heures fixes, une alarme aide. Demandez un protocole d’urgence écrit, avec au besoin un médicament à donner à la maison en cas de crises en série. Si votre chien épileptique part en pension, confiez l’ordonnance et les boîtes à une structure habituée aux traitements (certaines facturent ce suivi, voyez nos tarifs de pension pour chien). Pour l’étranger, emportez de quoi tenir tout le séjour, et relisez notre guide pour voyager avec son chien à l’étranger.
Gardez un œil sur le moral, aussi. Moins d’un chien épileptique sur trois échappe aux troubles du comportement associés, comme l’anxiété ou la peur, selon une équipe de l’école vétérinaire de Hanovre (2023). Les chercheurs du Royal Veterinary College décrivent même l’épilepsie comme une maladie de la cognition, pas seulement des crises. Un chien plus craintif n’est pas « capricieux » : parlez-en au vétérinaire.
Foire aux questions
Mon chien souffre-t-il pendant une crise ?
Malgré son aspect violent, la crise n’est pas douloureuse, selon VCA, puisque le chien perd conscience lors d’une crise généralisée. Au réveil, il peut être confus, paniqué, parfois aveugle un moment. Restez près de lui, parlez doucement. L’équipe de WSU a d’ailleurs rassuré la maîtresse de Sofie : sa chienne ne souffrait pas.
Faut-il un traitement dès la première crise ?
En général, non. L’IVETF réserve le traitement de l’épilepsie au long cours aux chiens qui ont fait au moins deux crises en six mois, un état de mal, des crises en série ou une phase post-critique sévère. Une première crise impose en revanche une consultation et un bilan sanguin, pour écarter une intoxication, une hypoglycémie ou une lésion.
Peut-on assurer un chien épileptique ?
C’est difficile. Les contrats exigent en général un animal sans maladie aiguë ou chronique au moment de la souscription, rappelle l’INC. Si un assureur accepte malgré tout, vérifiez noir sur blanc ce qu’il exclut.
Crise d’épilepsie et convulsions, est-ce la même chose ?
Pas tout à fait. Les convulsions sont les secousses musculaires des crises généralisées ; une crise focale peut se limiter à un tic de la face. Et des convulsions chez le chien peuvent venir d’une intoxication ou d’une hypoglycémie, sans aucune épilepsie. L’épilepsie, elle, suppose au moins deux crises non provoquées, à plus de 24 heures d’intervalle.
Sources
- Washington State University, WSU Insider, « Rescued dog finds support through network of Cougar veterinarians », 15 octobre 2026
- Royal Veterinary College, VetCompass, « VetCompass study explores the classification, diagnosis, and clinical management of seizures in dogs », 3 novembre 2020
- Agence européenne des médicaments, Pexion (imépitoïne)
- Anses-ANMV, index des médicaments vétérinaires autorisés en France : Pexion, Epityl (phénobarbital), Libromide (bromure de potassium)
- Oniris, CAPAE-Ouest, « Les antilimaces »
- VetAgro Sup, Centre national d’informations toxicologiques vétérinaires
- Institut national de la consommation et Banque de France, « Assurer la santé d’un animal de compagnie », 24 juin 2024
- Institut national de la consommation, « Assurance santé chien-chat en 15 questions-réponses »
