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Élevage & Agriculture

Comment obtenir le Certiphyto pour exercer une activité agricole ?

Le 25 janvier 2026
par Quentin

En bref

  • Le Certiphyto est obligatoire pour utiliser, vendre ou conseiller des produits phytopharmaceutiques à titre professionnel. Pas pour le particulier, qui ne peut plus en acheter depuis 2019.
  • Cinq certificats. Sur une exploitation : « décideur » pour qui choisit les traitements, « opérateur » pour qui les applique.
  • Trois voies : diplôme agricole de moins de 5 ans, test d’1 h 30, ou formation de 14 à 28 heures.
  • Demande en ligne sur service-public.fr, réponse de la DRAAF sous 2 mois. Validité 5 ans.
  • Depuis le 13 août 2025, plus de conseil stratégique exigé pour renouveler. Sans certificat : jusqu’à 6 mois de prison et 50 000 € d’amende.
Sommaire

Un pulvérisateur, un bidon et une parcelle à traiter : avant la première passe, la loi vous demande un papier. Le Certiphyto, de son vrai nom « certificat individuel pour les produits phytopharmaceutiques », est exigé de quiconque utilise, vend ou conseille ces produits dans le cadre d’une activité agricole ou d’une autre activité professionnelle. Dématérialisé, délivré par la DRAAF, valable 5 ans.

Le dispositif a beaucoup bougé entre 2024 et 2026. Voici les règles au 3 octobre 2026, textes à l’appui.

Certiphyto : qui doit l’avoir ?

Tout tient dans l’article L254-3 du code rural. Quiconque utilise des produits phytopharmaceutiques « dans le cadre de son activité professionnelle », salarié, indépendant ou en entraide agricole, doit détenir un certificat garantissant « l’acquisition des connaissances requises ». Même règle pour les entreprises de vente, d’application et de conseil, soumises depuis le 1er octobre 2013 ; l’activité agricole pour compte propre l’est depuis le 1er octobre 2014.

Deux exceptions : les médiateurs chimiques (phéromones) et les substances de base. Le biocontrôle, lui, demande bien un certificat.

Et le particulier qui a trois poules et un potager ? Pas concerné : depuis le 1er janvier 2019, l’article L253-7 du code rural lui interdit d’acheter et d’utiliser des produits phytopharmaceutiques de synthèse. Restent en vente libre le biocontrôle et les produits utilisables en bio.

Les cinq catégories de Certiphyto

Premier choix à faire, et le plus souvent raté. Les arrêtés du 29 août 2016 découpent le certificat selon qui décide, qui applique, qui vend, qui conseille. Durées et seuils : ces arrêtés et l’instruction technique DGER/SDPFE/2024-378 du 2 juillet 2024.

CatégoriePour quiFormation initialeTest seul (1 h 30)
Décideur en entreprise non soumise à agrément (DENSA)Chef d’exploitation, associé, salarié qui choisit les produits14 heures15 bonnes réponses sur 30
Opérateur (OPE)Salarié qui applique sans décider14 heures12 sur 20
Décideur en entreprise soumise à agrément (DESA)Entreprise de travaux agricoles, paysagiste21 heures20 sur 30
Mise en vente, vente (MVPP)Coopérative, négoce, jardinerie21 heures20 sur 30
Conseil à l’utilisation (CSPP)Conseiller, technicien28 heures25 sur 30

Pour une activité agricole classique, deux cas. Vous décidez des traitements : Certiphyto décideur (DENSA), deux journées. Vous êtes salarié et vous appliquez ce qu’on vous a préparé : Certiphyto opérateur, deux journées aussi, test plus court. Le piège : un chef d’exploitation qui passe le certificat opérateur parce que la session était plus proche. Au contrôle, il n’est pas couvert. Le reste des obligations d’une ferme : notre guide de la réglementation de l’élevage agricole.

Certiphyto : agriculteur en formation devant un pulvérisateur, dans la cour d’une exploitation
Deux journées de formation pour un chef d’exploitation, une seule au renouvellement.

Diplôme, test ou formation : les trois voies

L’article R254-9 du code rural ouvre trois portes, détaillées par la fiche F31192 de Service-Public.

Le diplôme de moins de 5 ans

Un diplôme agricole de moins de 5 ans dispense de tout. La liste dépend de la catégorie : BP « responsable d’entreprise agricole », bacs pro, BTSA, ingénieur pour un décideur ; jusqu’aux CAP agricoles pour l’opérateur. Un diplôme ne sert qu’une fois.

Le test seul, en 1 h 30

Un QCM d’1 h 30 chez un organisme habilité, questions tirées d’une base nationale. Un échec coûte cher : le candidat sous le seuil « ne peut pas se réinscrire au test » et doit suivre la formation complète.

La formation, de 14 à 28 heures

Trois thèmes imposés : réglementation et sécurité environnementale, santé de l’applicateur, réduction de l’usage et méthodes alternatives. Le premier certificat se termine par un QCM d’une heure ; en cas d’échec, une journée complémentaire de 7 heures donne accès au certificat. Au renouvellement : 7 heures (14 pour le conseil), sans évaluation.

Un module de plus arrive : la loi du 11 août 2025 impose aux certificats décideur et opérateur un « module spécifique » de stratégie de l’exploitation, annoncé à 4 heures par la DRAAF Centre-Val de Loire pour 2026. Vérifiez la durée avant de vous inscrire.

La demande en ligne auprès de la DRAAF

Attestation de formation, bordereau de score ou diplôme en main, tout se passe sur service-public.fr, depuis un compte personnel, par la démarche « Demande de certificat individuel professionnel produits phytopharmaceutiques ». La DRAAF du domicile répond sous 2 mois. Le Certiphyto est un PDF à télécharger dans votre espace.

Délai rappelé par la DRAAF Bretagne : le premier certificat se demande dans les 2 mois qui suivent le test ou la formation. Si vous tenez vos échéances dans un logiciel de gestion d’exploitation agricole, notez-y la date d’expiration du Certiphyto. C’est le genre de date qu’on oublie pendant quatre ans et demi.

Combien coûte le Certiphyto, et qui paie

Les tarifs sont libres. Deux repères publics en 2026 : 406 € TTC pour les 14 heures du premier certificat décideur à la chambre d’agriculture de l’Allier, 112 € pour les 7 heures du renouvellement à celle d’Île-de-France. Dans les faits, l’exploitant paie rarement de sa poche :

  • VIVEA, fonds d’assurance formation des non-salariés agricoles (chefs d’exploitation, collaborateurs, aides familiaux, cotisants solidaires), finance le Certiphyto à hauteur de 16 € par heure stagiaire depuis le 9 janvier 2026. Les chambres annoncent couramment « gratuit pour les contributeurs VIVEA ».
  • OCAPIAT, opérateur de compétences de l’agriculture, prend en charge la formation des salariés : 50 % annoncés par la chambre Grand Est, parfois plus.
  • Le CPF : le certificat décideur est inscrit au répertoire spécifique de France compétences (RS5655), donc éligible. Mais depuis 2026, le titulaire verse 150 € par formation, sauf abondement de l’employeur : sur un renouvellement à 112 €, aucun intérêt.

Pour qui s’installe, le certificat s’ajoute aux frais de départ ; voir ce que couvrent les subventions 2026 pour les jeunes agriculteurs.

Pulvérisateur agricole au travail dans un champ : le traitement exige un Certiphyto en cours de validité
Sans certificat valide : 6 mois de prison et 50 000 € d’amende encourus.

Validité de 5 ans et renouvellement

Depuis le 1er octobre 2016, tout Certiphyto vaut 5 ans. Renouvellement par les mêmes voies : nouveau diplôme, test, ou formation de 7 heures. Service-Public conseille de s’y mettre « de préférence dans les 12 mois avant la fin de validité » ; les DRAAF disent formation ou test 3 à 6 mois avant, demande 2 mois avant.

Les prolongations d’office des certificats décideur

Beaucoup de certificats décideur (DENSA, ou DEA) ont été prolongés par décret, puis par la loi du 11 août 2025 :

  • expiration entre le 10 et le 30 avril 2024 : prolongé de 3 fois un an ;
  • expiration entre le 1er mai 2024 et le 1er mai 2025 : prolongé de 2 fois un an ;
  • expiration entre le 2 mai 2025 et le 1er mai 2026 : prolongé d’un an.

Exemple officiel : un Certiphyto qui expirait le 11 octobre 2024 vaut jusqu’au 10 octobre 2026. Pour une partie des lecteurs, l’échéance tombe cette semaine.

Vente et conseil stratégique : ce qui a changé

Le point que les anciens articles racontent de travers : il a changé deux fois.

2021 : la séparation. L’ordonnance n° 2019-361 du 24 avril 2019, issue de la loi EGalim, a rendu vente et conseil incompatibles au 1er janvier 2021 : votre coopérative vendait, elle ne pouvait plus vous conseiller. Elle a aussi créé le conseil stratégique phytosanitaire, diagnostic payant exigé pour renouveler le Certiphyto décideur. Faute de conseillers, l’État a repoussé l’échéance, puis prolongé les certificats.

13 août 2025 : fin du conseil stratégique obligatoire. L’article 1 de la loi n° 2025-794 du 11 août 2025, dite loi Duplomb, supprime l’obligation : « la réalisation d’un conseil stratégique n’est plus exigée » pour renouveler, écrit Service-Public. Le conseil stratégique subsiste à l’article L254-6-4, mais facultatif.

1er janvier 2026 : retour du conseil chez les vendeurs. La même loi met fin à la séparation. D’après la presse agricole (Réussir, Phyteis), coopératives et négoces vendent et conseillent de nouveau depuis le 1er janvier 2026. L’article L254-1, en vigueur depuis le 31 décembre 2025, ne garde qu’une incompatibilité : « l’activité de conseil […] est incompatible avec l’activité de producteur ». Pour vous, rien à fournir côté conseil pour garder votre Certiphyto.

Sanctions sans certificat

L’article L254-12 du code rural punit de six mois d’emprisonnement et de 50 000 € d’amende l’exercice de ces activités sans l’agrément ou le certificat requis ; 250 000 € pour une société, sept ans et 150 000 € en bande organisée.

Après contrôle, le préfet de région peut aussi suspendre ou retirer le Certiphyto. Et sans certificat valide, le distributeur ne peut pas vous vendre les produits : le refus au comptoir de la coopérative est, en pratique, la première sanction.

Foire aux questions

Faut-il un Certiphyto pour des produits utilisables en agriculture biologique ?

Oui, dès l’usage professionnel. Le cuivre, le soufre ou un insecticide au pyrèthre naturel restent des produits phytopharmaceutiques au sens du code rural. Seuls les médiateurs chimiques et les substances de base sont dispensés. La dispense du particulier, elle, tient à son statut, pas au produit.

Mon salarié traite sous mes ordres : quel certificat pour lui ?

Le Certiphyto opérateur suffit s’il applique ce que vous avez décidé, sans choisir produit ni dose : deux jours de formation, ou un test de 20 questions avec 12 bonnes réponses. S’il décide lui-même des traitements, il lui faut le certificat décideur.

Un certificat expiré peut-il encore être renouvelé ?

Oui, par formation ou par test, sans repartir d’un primo-certificat. Mais le nouveau Certiphyto prend effet le jour de la décision de la DRAAF, pas à l’expiration de l’ancien. Entre les deux, ni traitement ni achat. Vérifiez d’abord si votre certificat décideur n’a pas été prolongé d’office.

Sources

 

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