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Lapin

Myxomatose du lapin : symptômes, contagion et vaccination

Le 24 octobre 2026
par Charline
Lapin de garenne assis à l’entrée de son terrier, au bord d’un pré fleuri, en fin de journée d’été

La myxomatose ? Lapin de compagnie, lapin de clapier ou lapin de garenne, le virus ne fait pas le tri. Il arrive par une piqûre, souvent à la fin de l’été, et chez un lapin non vacciné l’issue est rarement bonne. Soixante-quatorze ans après son arrivée en France, la maladie n’a jamais quitté nos campagnes.

Myxomatose lapin, en clair : un virus de la même famille que celui de la variole, des insectes qui le transportent, des paupières qui gonflent et un vaccin à refaire chaque année. Le détail suit, sources officielles à l’appui.

Un virus sud-américain, porté par moustiques et puces

Vétérinaire examinant l’œil d’un lapin de compagnie gris posé sur une serviette, en consultation
Paupières et conjonctive : l’examen des yeux est le premier réflexe du vétérinaire devant une suspicion. Illustration générée par IA.

Le virus de la myxomatose appartient à la famille des Poxviridae, genre Leporipoxvirus. Chez ses hôtes d’origine, des lapins sauvages d’Amérique du Sud du genre Sylvilagus, il ne provoque qu’une maladie très bénigne, selon l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA). Chez le lapin européen, celui de nos clapiers et de nos haies, c’est une autre histoire. Le virus a été isolé pour la première fois en Uruguay, en 1898.

Comment la myxomatose passe-t-elle d’un lapin à l’autre ? Surtout par les puces et les moustiques : en piquant un animal malade, l’insecte se charge de virus, puis le dépose chez le suivant. Le manuel de référence de l’OMSA cite aussi les moucherons piqueurs et les poux. Il rappelle surtout que le virus sort par les larmes, le jetage du nez et les lésions de la peau. Contact direct et objets souillés suffisent donc, sans le moindre insecte.

Bonne nouvelle pour le reste de la maison : la myxomatose ne présente aucun risque pour l’humain, et le virus n’affecte que les lapins (OMSA). Ni votre chat ni votre chien ne l’attraperont, même s’ils peuvent ramener des puces (on y revient plus bas). Le lièvre, lui, est beaucoup moins sensible, à une exception près (voir la foire aux questions).

Côté calendrier, la myxomatose classique circule avec les insectes piqueurs pendant l’été, et l’office vétérinaire suisse (OSAV) observe des cas particulièrement nombreux en automne. Septembre et octobre sont donc les mois où l’on ouvre l’œil. Mais un lapin couvert de puces reste exposé hors saison.

Repérer les symptômes : myxomatose classique ou forme respiratoire

Deux tableaux existent, et le second trompe beaucoup de monde. La forme dite classique, ou nodulaire, se reconnaît presque au premier coup d’œil. La forme respiratoire, dite amyxomateuse, ressemble à un banal rhume de lapin.

Frise de la myxomatose : lapin piqué par un moustique ou une puce, incubation de 2 à 5 jours, paupières gonflées, nodules vers le 6e jour, mort fréquente entre le 8e et le 15e jour sans vaccin
De la piqûre aux signes graves : la forme classique jour par jour, et ce qui distingue la forme respiratoire. Données : OMSA, OSAV, Agence européenne des médicaments.

La forme classique : paupières gonflées et « tête de lion »

Après deux à cinq jours d’incubation (fiche technique de l’OSAV), une petite grosseur apparaît à l’endroit de la piqûre. Puis les yeux s’en mêlent : conjonctivite purulente, paupières enflées, lapin qui fuit la lumière. La tête gonfle, au point qu’on parle de « tête de lion », la région génitale aussi. Le lapin cesse de manger. Vers le sixième ou le septième jour, d’autres nodules sortent sur la peau.

Avec les souches les plus virulentes, la mort survient le plus souvent entre le 8e et le 15e jour, fréquemment par pneumonie. Selon l’OMSA, la mortalité de la myxomatose varie de 20 à 100 % suivant la souche. L’OSAV parle de « jusqu’à 99 % » dans la forme aiguë. Les souches plus douces donnent les mêmes signes, en plus lent et en moins grave, et chez les survivants les lésions finissent par cicatriser.

La forme respiratoire, plus discrète

Ici, peu ou pas de nodules, et ils restent petits. Le lapin éternue, son nez coule, ses paupières gonflent, la zone du périnée peut enfler. Cette myxomatose respiratoire pèse surtout en élevage. Elle se transmet par contact direct entre lapins, sans insecte, et son expression dépend de bactéries comme Pasteurella multocida, d’où la confusion fréquente avec un coryza. Le diagnostic à l’œil nu est nettement plus difficile (OMSA).

Méfiance, donc, avant de conclure seul. Une conjonctivite bactérienne, un phlegmon de la tête, une gale des oreilles ou la syphilis du lapin peuvent faire illusion. Le vétérinaire tranche, au besoin avec une PCR sur un écouvillon prélevé sur l’œil.

Pronostic : pourquoi un lapin non vacciné s’en sort si rarement

Le virus de la myxomatose fabrique une batterie de protéines qui désarment le système immunitaire. Résultat : les bactéries (Pasteurella, Bordetella) s’installent dans les voies respiratoires. Chez les lapins qui tiennent plus de 10 à 14 jours, ces surinfections bactériennes deviennent souvent la vraie cause de la mort, note l’OMSA. Et aucun médicament ne s’attaque au virus lui-même.

Concrètement, les soins servent à gagner du temps : traiter les surinfections, réhydrater, faire manger, soulager. Avec une souche peu virulente, une partie des malades s’en remettent. Avec une forme classique sévère chez un lapin jamais vacciné, la question de l’euthanasie se pose. C’est dur. C’est aussi, souvent, la décision la plus honnête, à prendre avec le vétérinaire.

Un point que beaucoup ignorent : vacciner un lapin déjà malade ne sert à rien. Le résumé des caractéristiques du vaccin Filavac Myx le dit en toutes lettres, il ne faut vacciner que « les animaux en bonne santé (et non infectés) ».

Pourquoi la myxomatose reste en France : le lapin de garenne

Retour en 1952. Paul-Félix Armand-Delille, médecin, veut débarrasser son domaine clos de murs de Maillebois, en Eure-et-Loir, de ses lapins. En juin, il inocule le virus. Les murs n’ont rien retenu : en moins de deux ans, toute la France métropolitaine est touchée (l’épisode est retracé sur Wikipédia), puis l’Europe continentale et le Royaume-Uni, selon l’OMSA.

Depuis, le virus n’est jamais reparti. Le lapin de garenne entretient la myxomatose dans la nature : c’est lui, le réservoir, et les insectes font la navette jusqu’aux clapiers (OMSA). Dans sa réponse à une question écrite publiée en mars 2019, le ministère de la Transition écologique rangeait la maladie parmi les trois grandes pathologies du lapin sauvage, avec la VHD et la coccidiose. Son impact était jugé moindre qu’en 1952, celui de la VHD pouvant être très fort.

Les chiffres restent rudes. Dans les populations frappées par les deux virus, la mortalité annuelle peut atteindre 80 à 90 % chez les adultes et dépasser 95 % chez les jeunes, selon la même réponse. Les grosses populations s’en tirent mieux : le virus y circule assez pour entretenir une forte immunité. Effectifs en forte baisse depuis plus de 25 ans, regain local depuis 2005, le tableau est contrasté.

Et la maladie n’explique pas tout. L’ONCFS, devenu l’OFB, insistait dès 2007 sur l’habitat : l’intensification agricole d’un côté, la déprise de l’autre ont fortement réduit la capacité d’accueil du milieu. Vacciner un lapin de garenne améliore sa survie, mais l’effet devient faible, voire nul, s’il porte déjà des anticorps. L’espèce est classée « quasi menacée » sur la Liste rouge des mammifères de France métropolitaine (2017). Vous songez à en élever ? Lisez notre dossier sur l’élevage du lapin de garenne.

Vacciner contre la myxomatose : lapin de compagnie et petit élevage

C’est la protection de base, et le point sur lequel on ne transige pas. Pour un lapin de compagnie, le plus simple est le vaccin combiné Nobivac Myxo-RHD Plus. Vivant et recombinant, il couvre la myxomatose et la maladie hémorragique virale (VHD, souches 1 et 2). D’après l’avis de l’Agence européenne des médicaments, il s’injecte dès 5 semaines et protège trois semaines plus tard, pour un an.

Côté pratique : une injection sous la peau, sur ordonnance, d’un vaccin autorisé en France comme dans le reste de l’Union. Les réactions courantes restent modestes, un petit gonflement indolore au point d’injection qui disparaît en trois semaines et une hausse passagère de la température. Les réactions graves sont très rares. Pour le budget, voyez notre article sur le prix des vaccins pour lapin en 2026.

En élevage, la logique change. Le Filavac Myx L JF613, vaccin contre la myxomatose seule, se vend en flacons de 50 ou 200 doses. Il s’injecte dans le derme de l’oreille dès 35 jours, avec un rappel tous les 4 mois, et son résumé des caractéristiques précise qu’aucune donnée n’existe chez le lapin de compagnie. L’OMSA situe la protection des vaccins vivants atténués de ce type autour de 4 à 6 mois, avec un possible effet immunosuppresseur chez les jeunes. Le rythme se cale ensuite sur votre calendrier de vaccination d’élevage.

Deux remarques encore. Les anticorps transmis par la mère peuvent persister jusqu’à deux mois environ chez le lapereau (OMSA), ce que le vétérinaire prend en compte pour fixer la date. Et l’offre a bougé : en 2020, après des ruptures de stock, le ministère de l’Agriculture citait cinq vaccins contre la myxomatose. Le Lyomyxovax et l’Ervaximyxo SG33 n’apparaissent plus dans l’index des RCP de l’Anses-ANMV consulté le 23 octobre 2026, et l’ancien Nobivac Myxo-RHD a perdu son autorisation européenne.

Vidéo en français (MSD Santé Animale, 30 avril 2020, 4 min) : le laboratoire, qui fabrique un vaccin combiné pour lapin, présente la myxomatose. La vidéo ne se charge qu’au clic.

Moustiquaire, antipuces, contacts : protéger au quotidien

Le vaccin contre la myxomatose ne dispense pas du reste. L’OMSA range la protection contre les moustiques parmi les mesures importantes pour les lapins domestiques. En pratique, une moustiquaire à mailles fines sur le clapier ou l’enclos, surtout de la fin de l’été à l’automne, et un lapin à l’abri le soir. Vous équipez un abri extérieur ? Prévoyez-la dans le budget du clapier.

La lutte contre moustiques et puces ne s’improvise pas chez le lapin, et c’est côté puces que les accidents arrivent. Le fipronil, molécule du Frontline, porte une contre-indication sans ambiguïté dans son résumé des caractéristiques : pas chez le lapin, en raison d’effets indésirables « parfois létaux ». La pipette du chat posée « pour dépanner » sur le lapin, c’est exactement le piège.

Des antiparasitaires à base d’imidaclopride (Advantage, Exidot) sont autorisés chez le lapin de compagnie. Leur notice fixe les limites : pas avant 10 semaines, une protection d’une semaine au plus chez le lapin, et un traitement de tous les chiens, chats et lapins du foyer. Le chat qui sort ramène des puces, pensez-y si vous organisez la cohabitation entre chat et lapin. Les remèdes maison ne remplacent rien, le liquide vaisselle contre les puces en tête.

Reste le contact. Aucune rencontre avec un lapin de garenne, évidemment. Par prudence, évitez aussi l’herbe fraîche cueillie là où les garennes gambadent et le matériel prêté sans désinfection, puisque le virus voyage aussi par les objets souillés. Un nouveau venu passe quelques semaines à l’écart avant de rejoindre le groupe. En petit élevage, pensez à la saillie : le virus peut se trouver dans la semence (OMSA). Vous démarrez ? Notre guide pour débuter un élevage de lapins nains complète ces conseils.

Myxomatose à la maison ou au clapier : que faire ?

D’abord, isoler le malade. C’est la première consigne de l’OMSA dès qu’un cas de myxomatose apparaît, pour un lapin d’appartement comme pour un clapier de vingt cages. Ensuite, appeler le vétérinaire sans attendre le lendemain : des paupières gonflées chez un lapin non vacciné, en septembre, méritent une consultation le jour même.

En attendant, cinq gestes simples :

  • s’occuper du malade en dernier, avec des gants ou en se lavant les mains ensuite ;
  • traiter les autres animaux contre les puces, avec un produit adapté à chaque espèce ;
  • laver couvertures et textiles à haute température, le virus ne supportant pas plus de 60 °C (OSAV) ;
  • nettoyer puis désinfecter la cage et les gamelles ;
  • vérifier les moustiquaires et le carnet de vaccination des congénères.

Et les lapins encore en forme ? Le vétérinaire décidera s’il faut les vacciner tout de suite, sachant qu’un lapin en incubation peut sembler en pleine santé. Un mort dans le groupe ? Faites-le examiner vite, l’OSAV préconisant les prélèvements sur un animal mort depuis peu. Un diagnostic sûr vaut mieux qu’un doute qui traîne tout l’automne.

Foire aux questions

Un lapin vacciné peut-il attraper la myxomatose ?

Le vaccin réduit la mortalité et les signes de la maladie : c’est ce qu’indiquent les résumés des caractéristiques, pas une protection absolue. Un lapin vacciné peut donc montrer des signes après une piqûre infectante. Très rarement, des signes légers apparaissent aussi dans les trois semaines qui suivent l’injection, d’après l’Agence européenne des médicaments. D’où l’intérêt d’ajouter moustiquaire et antipuces au vaccin.

La myxomatose se transmet-elle à l’humain, au chat ou au chien ?

Non. Selon l’OMSA, le virus n’affecte que les lapins et ne présente aucun risque pour la santé publique. Chiens et chats ne tombent donc pas malades. Ils peuvent toutefois transporter des puces : les traiter, avec un produit prescrit pour leur espèce, fait partie de la protection du lapin.

Faut-il vacciner un lapin qui vit en appartement ?

Oui, c’est le conseil le plus raisonnable. Un moustique entre par une fenêtre ouverte, une puce arrive sur le dos du chat ou du chien. La forme classique se transmet justement par moustiques et puces, et un lapin d’intérieur jamais vacciné n’a aucune défense contre elle. Le vaccin combiné, une fois par an, couvre en plus la VHD.

Le lièvre peut-il avoir la myxomatose ?

Rarement. D’après le manuel de l’OMSA, le lièvre brun s’infecte mais développe rarement la forme généralisée. L’exception est espagnole : un variant du virus, baptisé ha-MYXV, a provoqué de grosses mortalités chez le lièvre ibérique, décrites dans des publications de 2019. Un saut d’espèce est aussi suspecté chez le lièvre brun en Grande-Bretagne.

Sources

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