Un chiot orphelin de quelques jours dépend entièrement de la personne qui le recueille. Il ne règle pas sa température, ne fait pas ses besoins seul et réclame un biberon toutes les deux à quatre heures, nuit comprise. Neuf petits chiens en sont là depuis la mi-octobre dans le Lot-et-Garonne : ils ont été retrouvés enfermés dans un carton, au pied d’une poubelle, près du cimetière d’un village, selon actu.fr.
Leur survie tient à des gestes précis. Et à des boîtes de lait. Voici, de la chaleur du nid au sevrage, comment s’occuper d’un chiot orphelin selon les écoles vétérinaires, puis ce que dit la loi.
Neuf chiots abandonnés dans un carton, en Lot-et-Garonne
L’association Justine & Co, basée à Nérac, a recueilli la portée. Personne ne connaît la race de ces chiots abandonnés, ni qui les a déposés là. « Une bénévole les biberonne et deux autres familles d’accueil se mobilisent pour leur offrir chaleur et soins », écrivait l’association sur Facebook, citée par la presse locale. Le samedi 17 octobre 2026, elle lançait un appel : le stock de lait maternisé était épuisé.
Faites le compte. La notice d’un lait maternisé chiot vendu en pharmacie prévoit 8 repas par jour la première semaine. Pour neuf chiots, cela fait 72 biberons en vingt-quatre heures. On comprend pourquoi trois foyers se relaient.
L’association cherche aussi des témoins, et les chiots ne sont pas proposés à l’adoption : la priorité, c’est qu’ils s’en sortent (Woopets a relayé l’appel le 21 octobre). Qui appeler si vous trouvez à votre tour des chiots abandonnés, et ce que risque l’auteur : réponse en fin d’article. D’abord, le plus urgent.
Chiot orphelin : d’abord la chaleur, ensuite le lait

Face à un chiot qui pleure, on pense biberon. Mauvais ordre. Un nouveau-né ne frissonne pas avant son sixième jour et compte sur sa mère et sur la portée pour rester au chaud, explique une thèse soutenue en 2020 à l’École nationale vétérinaire de Toulouse (ENVT). À 24 heures, un chiot en bonne santé affiche 35 à 36,5 °C. En dessous de 35 °C, il est en hypothermie.
Et un chiot froid ne digère plus : sous 34,4 °C, son intestin ralentit puis s’arrête, le ventre gonfle. Sous 32 °C, il perd même le réflexe de succion. D’où la règle : on ne nourrit jamais un chiot froid. On réchauffe d’abord le chiot orphelin, progressivement, contre soi ou dans une couverture, et le biberon attend.
Il lui faut ensuite un nid : une caisse garnie de serviettes ou d’une polaire, chauffée sous une moitié seulement (bouillotte enveloppée, tapis chauffant réglé bas), pour qu’il puisse s’écarter s’il a trop chaud. Le manuel vétérinaire Merck rappelle qu’un tapis trop chaud brûle un nouveau-né incapable de s’en éloigner, et la fiche du CHU vétérinaire d’Oniris déconseille les lampes chauffantes.
Les repères de la thèse toulousaine : 30 à 32 °C dans le nid la première semaine, 27 à 29 °C les deux suivantes, 21 à 24 °C la quatrième. Oniris vise une pièce entre 25 et 30 °C pendant trois semaines, puis 20 °C, et le Merck une humidité de 55 à 65 %. Un thermomètre dans la caisse vaut mieux que l’intuition.
Lait maternisé chiot : pourquoi jamais de lait de vache
Le réflexe du placard, un fond de lait de vache tiède, fait plus de mal que de bien. Le lait de chienne contient plus de deux fois plus de protéines, selon une fiche de vétérinaires nutritionnistes publiée par VCA Animal Hospitals. Celui de la vache est aussi moins riche en calories, en graisses et en minéraux, et plus chargé en lactose. En clair, il ne nourrit pas un animal censé doubler son poids en dix jours.
La seule option sérieuse est un lait maternisé chiot en poudre, qu’on trouve par exemple en pharmacie : les laits du commerce valent mieux que les recettes maison, même si aucun n’égale celui de la mère, tranche le Merck. Ordre de prix : la boîte de 400 g de Babydog Milk (Royal Canin) était affichée 17,19 € le 22 octobre 2026 dans une pharmacie en ligne.
Aucune boîte ne remplace le colostrum, ce premier lait chargé d’anticorps. Il doit être bu dans les 8 à 12 premières heures, et l’intestin cesse de les absorber vers 24 heures (thèse de l’ENVT, Merck). Un chiot orphelin trouvé à plusieurs jours l’a peut-être reçu, peut-être pas. Raison de plus pour le montrer vite à un vétérinaire, qui adaptera le calendrier du vermifuge et des vaccins.
Nourrir un chiot au biberon : quantités et rythme selon l’âge
Le bon volume, c’est celui de la notice du lait maternisé chiot, calculé selon le poids. Deux repères servent à la vérifier. Les besoins en énergie, d’abord : le Merck les chiffre à 133 kcal par kilo et par jour la première semaine, 155 la deuxième, 175 à 198 la troisième et 220 la quatrième. Un chiot orphelin de 300 g a donc besoin d’environ 40 kcal par jour au départ.
La taille de l’estomac, ensuite : environ 40 mL par kilo, d’après la thèse toulousaine. Ce chiot de 300 g n’avale pas plus d’une douzaine de millilitres par repas. Forcer, c’est risquer la régurgitation, voire la fausse route.
Côté rythme, un biberon toutes les 2 à 4 heures la première semaine, puis toutes les 4 à 6 heures. La notice citée plus haut prévoit 8 repas par jour la première semaine, 5 la deuxième et 4 ensuite. Nuits comprises. Et mieux vaut nourrir un peu moins que trop : un excès de lait donne une diarrhée jaune et grumeleuse.

Pour nourrir un chiot au biberon sans danger :
- un lait réchauffé à environ 38 °C, jamais servi froid ;
- le chiot sur le ventre, à l’horizontale, tête dans l’axe, comme sous sa mère ;
- une tétine qui laisse passer une goutte à la fois, car un débit trop rapide envoie le lait dans les poumons ;
- pas plus de 24 heures de lait d’avance, au réfrigérateur ; un biberon resté une heure à température ambiante se jette ;
- biberons et tétines lavés puis bouillis entre deux utilisations.
Un chiot orphelin trop faible pour téter ne se force pas : le vétérinaire peut montrer comment le nourrir à la sonde. Même logique que pour l’agneau au biberon : la technique compte autant que le lait.
Besoins, pesée, carnet : le quotidien d’un chiot orphelin
Avant trois semaines, un chiot ne fait pas ses besoins seul : la mère déclenche urine et selles en lui léchant le ventre, toutes les 3 à 4 heures. Ce rôle vous revient. Après chaque repas, frottez doucement la zone entre l’anus et les organes génitaux avec un coton imbibé d’eau tiède, jusqu’à ce qu’il urine. Une urine très claire est normale chez le nouveau-né ; jaune foncé, elle signale une déshydratation.
Puis la balance de cuisine, au gramme près. Pesez chaque chiot à la même heure, chaque jour pendant au moins deux semaines (quatre selon VCA). Un recul de 10 % au maximum est toléré le premier jour. Ensuite, le chiot orphelin doit prendre 5 à 10 % de son poids par jour et doubler son poids de naissance entre 9 et 13 jours, selon son gabarit.
Notez tout dans un carnet : poids, repas, volumes, selles, ouverture des yeux (entre le 10e et le 16e jour, selon Oniris). Un collier de couleur différente par chiot évite les confusions.
Signes d’alerte : quand appeler le vétérinaire sans attendre
Entre 9 et 26 % des chiots meurent pendant leurs trois premières semaines, selon le Merck, et une thèse de l’ENVT de 2014 rappelle que la première semaine concentre environ 90 % de ces décès. Pour un chiot orphelin, privé de mère et peut-être de colostrum, la marge est plus mince encore. La balance parle tôt : une perte de poids peut précéder de 16 heures les premiers signes de maladie, selon la thèse de 2020.
Appelez sans attendre en cas de :
- perte de poids après le deuxième jour, même faible (dès 4 % de perte avant le deuxième jour, le risque de décès est multiplié par huit) ;
- chiot froid, mou, qui tète mal ou plus du tout ;
- pleurs continus, alors qu’un nouveau-né bien nourri dort entre deux repas ;
- étouffement ou souffle court pendant ou après le biberon, signe possible de fausse route ;
- ventre gonflé et dur, diarrhée qui persiste malgré des biberons moins remplis, urine jaune foncé.
Autre piège : un nouveau-né peut faire une infection sans fièvre, sa thermorégulation n’étant pas en place. Notez dès le premier jour le numéro des urgences vétérinaires de nuit : les ennuis ne prennent pas rendez-vous.
Sevrage : quand arrêter de nourrir un chiot au biberon
Le lait reste l’unique aliment jusqu’à 3 ou 4 semaines. Vers cet âge, les premières dents pointent : place aux croquettes pour chiot humidifiées, écrasées avec un peu de lait. Ensuite, par paliers : de l’eau dès 5 semaines, la moitié de la ration en aliments solides à 6 semaines, l’arrêt du lait entre 6 et 8 semaines, selon les repères réunis par l’ENVT. À quelques jours près, c’est l’appétit du chiot orphelin qui fixe le calendrier.
L’autre sevrage est social. Un chiot apprend les codes des chiens auprès de sa mère et de sa portée, avec qui Oniris recommande un contact continu jusqu’à 8 semaines au moins. Un orphelin élevé seul n’a pas cette école : faites-lui rencontrer d’autres chiens dès trois semaines, puis des personnes variées, son attirance pour l’homme culminant entre 3 et 12 semaines. Nos conseils pour socialiser un chiot avec d’autres animaux valent dès cet âge.
Pas d’adoption pressée, enfin. Oniris juge idéal qu’un chiot ne soit pas cédé avant deux à trois mois, et la cession est encadrée, comme le rappelait notre article sur le salon du chiot. Le jour venu, quelques étapes pour le présenter au chien adulte de la maison éviteront bien des tensions.
Chiots abandonnés : qui appeler, et ce que risque l’auteur
Vous découvrez un chiot orphelin, ou toute une portée ? Mettez-les au chaud, puis prévenez, car une règle surprend souvent : il est interdit de garder un animal errant, rappelle l’I-CAD, le fichier national d’identification des carnivores domestiques. La mairie est responsable des animaux errants de la commune, qui doit disposer d’un service de fourrière.
Appelez donc la mairie. Hors horaires, son numéro d’urgence peut orienter vers un vétérinaire sous convention, sinon la police municipale ou la gendarmerie prennent le relais, détaille la fiche de l’I-CAD sur les animaux errants. Une puce sera recherchée, sans grand espoir sur des chiots de quelques jours : l’identification n’est obligatoire qu’au-delà de 4 mois, ou avant une cession.
Le propriétaire dispose ensuite d’un délai franc de 8 jours ouvrés pour se manifester (article L211-25 du Code rural). Passé ce délai, l’animal est considéré comme abandonné et peut être cédé à une association disposant d’un refuge. À Nérac, c’est l’association, prévenue de la découverte, qui a pris les chiots abandonnés en charge. Nous avons détaillé ces démarches pour des chatons abandonnés et, côté propriétaire, pour un chien perdu.
Reste l’auteur. Abandonner un animal domestique est un délit : l’article 521-1 du Code pénal le punit de 3 ans de prison et 45 000 € d’amende. C’est 4 ans et 60 000 € si l’abandon est commis en connaissance de cause dans des conditions présentant un risque de mort immédiat ou imminent, et 5 ans et 75 000 € si l’animal en meurt. Le cas de Nérac ressemble beaucoup à cette circonstance aggravante, mais c’est à la justice d’en juger.
D’après le ministère de l’Agriculture, fourrières et associations prennent en charge environ 200 000 animaux par an, et les naissances non souhaitées alimentent largement les abandons. La stérilisation, un acte chirurgical simple, évite bien des biberons à 3 heures du matin. Détail des sanctions dans notre article sur l’abandon d’un animal.
Foire aux questions
Peut-on donner du lait de vache à un chiot orphelin ?
Non. Le lait de vache contient moins de la moitié des protéines du lait de chienne, plus de lactose, moins de calories et de graisses : il ne couvre pas les besoins d’un nouveau-né. Utilisez un lait maternisé chiot, préparé selon la notice et réchauffé à environ 38 °C. En attendant, appelez un vétérinaire.
Combien de temps faut-il nourrir un chiot au biberon ?
Le lait reste l’aliment unique jusqu’à 3 ou 4 semaines. Viennent ensuite des croquettes pour chiot humidifiées, l’eau vers 5 semaines, et l’arrêt du lait entre 6 et 8 semaines. Les biberons s’espacent en route : 8 par jour la première semaine, 5 la deuxième, 4 ensuite.
Que faire si l’on trouve des chiots abandonnés ?
Mettez-les au chaud, sans les nourrir s’ils sont froids, puis appelez la mairie, responsable des animaux errants (hors horaires : son numéro d’urgence, la police municipale ou la gendarmerie). Vous ne pouvez pas les garder : ils passent par la fourrière, qui attend 8 jours ouvrés avant de pouvoir les confier à une association.
Combien de repas par jour pour un chiot orphelin ?
Toutes les 2 à 4 heures la première semaine, nuit comprise, soit 6 à 12 repas ; la notice d’un lait maternisé chiot du commerce en prévoit 8. Ensuite, toutes les 4 à 6 heures jusqu’au sevrage. Le volume suit le poids : l’estomac contient environ 40 mL par kilo, une douzaine de millilitres pour 300 g.
Sources
- Légifrance : article 521-1 du Code pénal (version du 2 décembre 2021)
- Légifrance : article L211-25 du Code rural et de la pêche maritime
- Ministère de l’Agriculture : lutte contre l’abandon des animaux de compagnie
- I-CAD : animal errant, quelle conduite adopter ?
- I-CAD : j’ai trouvé un animal, que dois-je faire ?
- Oniris, CHU vétérinaire de Nantes : élever des chiots de la naissance au sevrage (2015)
- ENVT : paramètres physiologiques du chiot de 0 à 6 mois (thèse, 2020)
- ENVT : santé néonatale et mortalité du chiot (thèse, 2014)
